Ici, le temps se noue aux arbres forts du jardin.
Ici, le temps se compte en azalées et en bambous, en noisetiers et en poiriers.
Ici…

Ici, la pluie fait un tel bruit sur les carreaux et sur la porte
Ici, la pluie abreuve et lave tout ce qui boit et qui se lave.
Ici…
Là-bas, le temps se noue aux vastes cours aux murs de terre et aux faïences.
Là-bas, le temps se compte en oliviers et en palmiers, en orangers et en dattiers.
Là-bas…
Là-bas, le vent apporte les légendes et puis le sable
Là-bas, le vent abrase les maisons et puis les peaux
Là-bas...
par Michel Giliberti
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Tunisie
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Et la pluie battait les carreaux ; et le vent pliait les bambous.
Sur les vitres, l’eau glissait sans faiblir et rendait les arbres et les toits liquides… le ciel liquide, la route liquide comme des yeux inconsolables.

Moi, ouvert sur mes trouées de soleil, je me battais avec la peur du temps qui passe, à me dire que ces heures de ma vie actuelle étaient des plus intenses, des
plus inquiétantes, des plus arrachées au réel. Alors, ne sachant où me tourner, pour fuir ce ciel d’eau et mes pensées toutes aussi larmoyantes, je me suis noyé dans ces dessins de Mohamed qui
trônent dans mon atelier…
Une fois encore je suis revenu à la source...

... et une fois encore je retrouverai, mercredi, le vieux port de Bizerte au cours d'un voyage éclair, hélas... de seulement quatre jours.
par Michel Giliberti
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Tunisie
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Mercredi 28 novembre 2007
Au risque de déplaire à mon « hallouf » (cochon, en arabe) de fiston qui me préfère énervé sur des sujets de société, comme je l'ai été hier, je lui rappelle mon
grand âge et mon besoin de m'évader... Aussi, fidèle à moi-même, je retourne donc, quoiqu'il en pense à des sujets de midinette, comme il dit...
Les enfants de Tunisie sont toujours prêts à rire avec vous…
À Menzel Bourguiba, ma ville natale, un de ceux-là m’éclata littéralement ; très fier de sa coupe de cheveux, il voulait absolument que je le prenne en photo… et devant ses copains qui se
moquaient de lui et riaient de bon coeur, j’ai pris quelques clichés, dont ces deux, qui m’amusent toujours autant dès que je les regarde, car je me revois en train de les prendre avec, derrière
moi, une quinzaine de jeunes hilares en train de l'appeler « allouch » (mouton)…à cause de sa coupe de cheveux, justement.
par Michel giliberti
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J'ai un peu le blues ce soir, et la fête des morts n'ajoute rien à l'ambiance... Aussi il me faut sourire, et
chez moi, les souvenirs amusants se ramassent à la pelle.
Allez, pas de temps à perdre, un p'tit tour à Menzel-Bourguiba, ma ville natale, autrefois Ferryville !
L'avenue de France, toujours la même, où je me suis tant promené autrefois...et où, je me promène encore aujourd'hui.
... /... Il y avait les promenades qui n’en finissaient pas. Une véritable migration. Tout était prétexte à retarder l’heure de dormir pour attendre un peu de
fraîcheur et moins se battre avec les moustiques. On marchait
lentement avec de temps à autre, de la part de ma grand-mère, de ma mère ou de mes soeurs, des arrêts stratégiques dès qu’il s’agissait de faire entendre quelque chose d’important
qui méritait une attention particulière.
– Tu sais que Madame Garcia est enceinte ?
–
Non ! Et de qui ?
– De son mari ! De qui tu veux qu’elle tombe enceinte, moche comme elle est
?
Et le groupe des femmes repartait jusqu’à la prochaine halte où, certains soirs, on évoquait
encore la fin tragique de cette voisine – la malheureuse madame B. retrouvée morte empalée sur son balai
– qui continuait d’agiter les mémoires. Il n’y avait là aucune suspicion, elle était tout simplement tombée de son escabeau alors qu’elle
nettoyait les carreaux de sa fenêtre et dans sa chute, elle avait fait connaissance avec le manche de son balai posé à deux pas.
Chaque fois que ce drame était évoqué en famille (inutile de préciser qu’il avait fait le tour de la ville), j’avais la chair de poule, mais dans le même temps,
tandis que la promenade reprenait, j’imaginais madame B, infortunée sorcière avec son balai dans le cul, en train de survoler les maisons, et je ne pouvais m’empêcher de sourire.
Le café de France sur l'avenue du même nom où nous prenions une boisson fraiche le dimanche, à la sortie du cinéma..
Moi, je passais mon temps à me cacher derrière les arbres, les angles des maisons et dès que mes parents arrivaient à
ma hauteur, je sortais brusquement de ma cachette pour leur faire peur et ils faisaient semblant d’avoir peur, bien sûr.
Parfois on parlait de superstitions et là, c’était moi qui tremblais, et je restais collé à la jupe de maman et au pantalon de papa. Deux
de ces superstitions me préoccupaient au plus haut point. La première qui affirmait que lorsqu’un chien aboyait à la mort, quelqu’un passait de vie à trépas dans le périmètre où on l’avait
entendu. Du coup, au moindre aboiement dans mon secteur, je commençais à prier fiévreusement et supplier Dieu d’épargner mes parents et d’attendre que je sois majeur avant de me faire connaître
un tel drame.
Le petit kiosque à musique où des fanfares un peu désuettes jouaient le dimanche et les jours de fêtes.
La deuxième enfin, qui assurait que dans les cimetières, si on fauchait les perles de verre des couronnes mortuaires, on était battus toute la nuit par les morts qui se vengeaient. D'ailleurs,
on avait vu des enfants recouverts de bleus au petit matin !
J’étais
fou de ces perles violettes ou crèmes, noires ou bleues, mais plutôt mourir que d’en arracher une seule !
En dehors de ces petits écueils, ces errances sur les boulevards, dans les jardins publics et jusque dans les sentiers loin du centre,
étaient savoureuses et avaient l’avantage de nous fatiguer avant d’affronter ce sommeil difficile à apprivoiser.
La petite place devant le marché... les mêmes bancs, les mêmes réunions amicales... alors je fais le malin et je prends la pause, comme si rien ne s'était arrêté.
Les Tunisiens continuent ce nomadisme citadin, avec l’impression de ne pas savoir où ils vont. Les hommes marchent les mains dans le dos et les femmes les suivent en parlant entre elles et tout
comme à mon époque, tandis qu’elles stoppent net leur marche pour préciser quelque chose de très important, le chant des grillons accompagne leurs chuchotements et leurs rires. ...
/...
par Michel giliberti
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