Quand dans un ciel rouge sang, la nuit vient surprendre le jour de son bâillon funèbre, je voudrais arracher tout ce
qui est en moi, tout ce qui est sur moi et gueuler, fenêtres grandes ouvertes, ma haine devant la sécheresse, la cruauté, l’enfermement de notre monde nouveau qui se meurt de ne plus savoir
vivre.
Incendiés de rumeurs, de clameurs et d’horreur, abreuvés de potins, caquetages et autres médisances, nous gardons
bien nos masques et perpétuons l’indécent carnaval… Mais alors que nos corps s’endurcissent de l’odieux, ne se pourrait-il pas qu’un souffle d’air frais, sous la charge de notre inconscience,
balaie ces habitudes stériles et ravive les courages.
La fin des masques ?
C’est quand ?
par Michel giliberti
publié dans :
Société
14
créer un trackback
recommander
J'ai un peu le blues ce soir, et la fête des morts n'ajoute rien à l'ambiance... Aussi il me faut sourire, et
chez moi, les souvenirs amusants se ramassent à la pelle.
Allez, pas de temps à perdre, un p'tit tour à Menzel-Bourguiba, ma ville natale, autrefois Ferryville !
L'avenue de France, toujours la même, où je me suis tant promené autrefois...et où, je me promène encore aujourd'hui.
... /... Il y avait les promenades qui n’en finissaient pas. Une véritable migration. Tout était prétexte à retarder l’heure de dormir pour attendre un peu de
fraîcheur et moins se battre avec les moustiques. On marchait
lentement avec de temps à autre, de la part de ma grand-mère, de ma mère ou de mes soeurs, des arrêts stratégiques dès qu’il s’agissait de faire entendre quelque chose d’important
qui méritait une attention particulière.
– Tu sais que Madame Garcia est enceinte ?
–
Non ! Et de qui ?
– De son mari ! De qui tu veux qu’elle tombe enceinte, moche comme elle est
?
Et le groupe des femmes repartait jusqu’à la prochaine halte où, certains soirs, on évoquait
encore la fin tragique de cette voisine – la malheureuse madame B. retrouvée morte empalée sur son balai
– qui continuait d’agiter les mémoires. Il n’y avait là aucune suspicion, elle était tout simplement tombée de son escabeau alors qu’elle
nettoyait les carreaux de sa fenêtre et dans sa chute, elle avait fait connaissance avec le manche de son balai posé à deux pas.
Chaque fois que ce drame était évoqué en famille (inutile de préciser qu’il avait fait le tour de la ville), j’avais la chair de poule, mais dans le même temps,
tandis que la promenade reprenait, j’imaginais madame B, infortunée sorcière avec son balai dans le cul, en train de survoler les maisons, et je ne pouvais m’empêcher de sourire.
Le café de France sur l'avenue du même nom où nous prenions une boisson fraiche le dimanche, à la sortie du cinéma..
Moi, je passais mon temps à me cacher derrière les arbres, les angles des maisons et dès que mes parents arrivaient à
ma hauteur, je sortais brusquement de ma cachette pour leur faire peur et ils faisaient semblant d’avoir peur, bien sûr.
Parfois on parlait de superstitions et là, c’était moi qui tremblais, et je restais collé à la jupe de maman et au pantalon de papa. Deux
de ces superstitions me préoccupaient au plus haut point. La première qui affirmait que lorsqu’un chien aboyait à la mort, quelqu’un passait de vie à trépas dans le périmètre où on l’avait
entendu. Du coup, au moindre aboiement dans mon secteur, je commençais à prier fiévreusement et supplier Dieu d’épargner mes parents et d’attendre que je sois majeur avant de me faire connaître
un tel drame.
Le petit kiosque à musique où des fanfares un peu désuettes jouaient le dimanche et les jours de fêtes.
La deuxième enfin, qui assurait que dans les cimetières, si on fauchait les perles de verre des couronnes mortuaires, on était battus toute la nuit par les morts qui se vengeaient. D'ailleurs,
on avait vu des enfants recouverts de bleus au petit matin !
J’étais
fou de ces perles violettes ou crèmes, noires ou bleues, mais plutôt mourir que d’en arracher une seule !
En dehors de ces petits écueils, ces errances sur les boulevards, dans les jardins publics et jusque dans les sentiers loin du centre,
étaient savoureuses et avaient l’avantage de nous fatiguer avant d’affronter ce sommeil difficile à apprivoiser.
La petite place devant le marché... les mêmes bancs, les mêmes réunions amicales... alors je fais le malin et je prends la pause, comme si rien ne s'était arrêté.
Les Tunisiens continuent ce nomadisme citadin, avec l’impression de ne pas savoir où ils vont. Les hommes marchent les mains dans le dos et les femmes les suivent en parlant entre elles et tout
comme à mon époque, tandis qu’elles stoppent net leur marche pour préciser quelque chose de très important, le chant des grillons accompagne leurs chuchotements et leurs rires. ...
/...
par Michel giliberti
publié dans :
Tunisie
11
créer un trackback
recommander
Commentaires