Une respiration...
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Une respiration...
On le savait préoccupé par la maladie d'Alzheimer en France, maintenant nous savons qu'il lui faut s'inquiéter de son propre mutisme au sujet de la
Tunisie...
Si fier de vous, mes frères...
je pense à vous mes frères...
Carthage, l’incroyable et brillante cité punique tant admirée pendant des siècles n’est pas ce seul site archéologique que les touristes visitent et contemplent à longueur d’année.
C’est aussi une petite ville verdoyante près de la
colline de Byrsa, où les maisons
d’une beauté saisissante se nichent au creux de jardins luxuriants...
...Une ville quadrillée de routes ombragées de gigantesques palmiers aux troncs badigeonnés de chaux.
La mer est là, à quelques enjambées et les parfums, les discussions à n’en plus finir... la mélancolie,
parfois, quand, à regarder l’immensité turquoise, brillante comme une laque, vous arrivent des besoins de prendre racine par ici, sur cette terre au passé glorieux, et de n’en plus bouger…
Le soir, lorsqu’on se promène dans le silence entrecoupé de rires lointains, de notes de musiques, du chant des grillons et que dans la douceur de l’air, on arrive doucement aux ports puniques, les fleurs dégagent de telles fragrances que l’ivresse n’est pas loin.
C’est un scandale d’émotions qui s’acharne à vous
griser. Je ne sais si c’est un excès de romantisme de ma part, mais peu importe, Carthage vous prend, vous laisse et vous emporte dans un tourbillon poétique que seuls, les blasés de la vie ne
peuvent apprécier.
Puis, quand la chance vous permet d’avoir des amis aussi charmants que les lieux qu’ils habitent et qu’ils vous ouvrent leur porte,
le paradis s’invite aussi et se faufile…
... dans le labyrinthe des allées...
... des portes secrètes, fleurs écarlates, cérémonies particulières, soieries mordorées, encens, pâtisseries, thé aux
pignons de pins ou café parfumé à la fleur d’oranger… En faut-il davantage pour tomber sous le charme de Carthage ?
J’aime la surprise que provoquent en moi les vis-à-vis des
chambres de hasard.
Tirer le rideau et, encore endormi, découvrir ce qu’on n’a pu voir la veille en arrivant de nuit, c'est
le début du voyage.
Ce jour-là, depuis la fenêtre du quatrième étage de l’hôtel, je découvris un grand bâtiment impressionnant...
... et sur ma droite, la cime de palmiers vertigineux qui griffait l’azur du ciel. La grisaille de Paris, encore inscrite dans ma mémoire, me parut étonnamment surréaliste.
Qui pouvait se cacher derrière les hautes fenêtres de cet édifice de l'époque coloniale
?
Je m’étirai. Les clameurs de la ville
montaient jusqu’à moi et avec elles, la chaleur. Pas de doute, j’étais à Tunis.
Je me sentis apaisé comme chaque premier matin au coeur de cette ville pourtant
palpitante.
Je décrochai le téléphone et commandai mon petit déjeuner. Luxe suprême !
Plus tard, après une douche salutaire, je me glissai dans le bruit et dans la foule, voyageur anonyme en
mal d’oubli de tout et j'arrêtai un taxi pour qu'il m'emmène à Sidi Bou Saïd...
Un taxi jaune pour un voyage bleu...
...au pays des yeux
noirs.
Étrange comme l’illusion peut parfois suffire à embellir l’instant fragile d’un cœur en perte de sentiments. Sidi Bou Saïd a ce pouvoir…
La maison d'un ami d’abord, "Dar Faten" au petit matin, bastion éphémère entre bleus et blancs… entre craie et argile,
entre eucalyptus et résineux.
Les chats qui vous adoptent très vite et font leur ronde dès le matin sur l’arrête des murs qui ne vous protègent de rien…
Les lanternes face à la mer et le bougainvillier qui constelle l’azur du ciel de ses mauves pétales…
Les voiles de la terrasse qui claquent au vent comme celles d’un navire…
La lanterne, phare mouvant, qui se balance gracieusement…
Le feu de l'autre bougainvillier, orange celui-ci, et dont la moindre chute de ses fleurs mérite de finir en beauté dans le feu d’un émail incandescent…
La transparence bleue d’un verre sur la faïence ancienne…
Une rose qui se fane à quelques centimètres des calligraphies turquoise d’un vase en terre cuite…
Et puis le jour qui diminue, l’horizon qui s’estompe, la pierre qui devient bleue…
Oui Sidi Bou Saïd, c’est un peu ça… une atmosphère qui vous allume comme un coucher du
soleil puis vous consume comme un alcool ; mais dans l’un ou l’autre cas ce village haut perché sur sa falaise rouge réveille vos propres contes orientaux.
Des contes d’orages attache et d’orange tâches, d’amères pensées
et de doux pardons, de noires prunelles... Une fuite du temps qui ensorcèle votre devenir.
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