Je t’ai choisi comme on désire le rouge
Avec effroi et déraison
Je t’ai choisi comme on saisit le verre
Avec la peur de le briser
Je t’ai choisi comme on s’écorche au rouge
Avec l'enfer au bout des contes
Je t’ai choisi comme on se sert un verre
Avec l’alcool à l’intérieur
Je t’ai choisi comme on se marque au rouge
Avec un fer d’appartenance
Je t’ai choisi comme on se coupe au verre
Avec la peur, juste au poignet.
© Giliberti / 2007.
Souvent je me suis amusé des conversations entre caissières et clients ; toutes avaient
comme un point commun la banalité de nos propos de tous les jours.
Mais cet après-midi, parti en coup de vent acheter une cartouche d’encre pour mon imprimante, j’ai été le témoin d’échanges pour le moins
surréalistes.
J’étais dans le magasin.
Deux personnes attendaient avant moi.
Entra une femme d’une cinquantaine d’années, essoufflée et en jogging.
« Vous savez pas où j’peux trouver du tissu ? »
La commerçante en train de vendre une calculatrice d’un autre âge à un monsieur qui cherchait à convertir des euros en Francs, répondit laconique
et sans même la regarder.
« Y’a plus rien. »
La dame au jogging.
« J’vais aller à la pharmacie. »
La vendeuse à son client.
« Alors si vous appuyez là, vous avez les euros en francs et si vous appuyez là, vous avez les Francs en euros. Y faut que je vous la programme ?
»
Le monsieur.
« Toujours ? »
La commerçante.
« Si vous faites attention, non ! »
La dame en jogging.
« C’est qu’il faut pas être en retard. La voiture de mon mari…
La commerçante.
« Du fil, il doit y en avoir. »
Un autre client qui n’avait rien dit jusqu’à présent.
« Le tissu, c’est ma femme quand elle fait des coussins… »
La dame en jogging
« De toute façon, je dois acheter du pain. Il est pas passé encore… »
Le monsieur à la calculette.
« Vous avez la même en plus petit ? »
La commerçante
« Oui ! »
Le client
« Elle calcule pareil ? »
La commerçante.
« Oui, mais en plus petit. »
La dame en Jogging.
« J’étais sûre avec le fil. J’attends mon canapé. Il le livre tout à l’heure. Mon mari… vous comprenez…»
Le deuxième client
« Ma femme , elle va à Avignon pour le tissu. »
Un grand silence… le client achèta sa calculette, la dame au jogging s’en alla, le deuxième client me fit signe de passer devant lui, sans
explication.
Un peu abasourdi mais amusé, une fois encore, je demandai ma cartouche à la commerçante...
Quelle misère!
Voici trois anciens tableaux, quand presque tous mes personnages avaient une continuité, une intimité avec le
minéral. Leurs fêlures et leurs accidents supposés devaient se matérialiser par cet étrange mariage.
J’ignore pourquoi j’avais ce besoin de « sculpter » mes peintures. Je le fais encore aujourd’hui, mais de loin en loin. La pierre, avec le verre et le
sang, reste un de mes thèmes favoris.

J’ai entendu beaucoup de commentaires à ce sujet et j’ai lu tant de choses « explicatives »…
Pour ma part, je ne sais pas donner de sens précis à ce besoin.
Ces tableaux exposés à la
mairie du 6ème à la fin les années 80 se sont vendus immédiatement. Récompense extrême.

Tu me fais mal
Comme la veine
surgit
À fleur du marbre blanc
D’un trait bleu sale
Quand le
ciseau le heurte.
Tu me fais mal
Comme l’encre qui en coule
Sur la surface claire
Et qui arrête
Mes gestes de sculpteur.
© Giliberti / 2007

Les enfants pleurent
Et pleurent les grands
Parfums d’amour
Papiers de soie
Froissés un peu
Déchirés
vite…

Les enfants pleurent
Et pleurent les
grands
Parfums d’ivresse
Papiers brûlants
Rougis des mots
Oubliés, vite...
.

Les enfants pleurent
Et pleurent les
grands
Parfums d’encens
Papiers de paille
Partis légers
Envolés, vite...
© Giliberti / 2007
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