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Mercredi 23 mai 2007

Vendredi, je cours chez ma mère… elle m’attend à Toulon dans un hôpital… C’est peut-être la dernière fois que je la vois... elle est au plus mal. Elle a quatre-vingt-onze ans.
J’abandonne mes habits d’adulte et m’enfuis vers le sud où l’usage pour moi est d'y revenir petit.
L’orgueil est à ceux-là qui croient que l’on grandit comme une belle plante quand le sol se dérobe si souvent…
J’ai tant vibré près des sources chaudes du soleil que j’ai du mal à croire que ma mère puisse rencontrer celles d'un froid définitif.
C’est ainsi... Ma mémoire scintille de tous les jeux, de tous les rires, de tous les baisers qu'elle m'a donnés.

Les bras de ma mère n’ont jamais été assez grands…

@ bientôt…
par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Vendredi 18 mai 2007
    Les jardins sont des extensions de nos névroses… né-vroses... Né…rose.
Né dans les roses. Né… dans les choux.

Si tant de jeunes gens ne s’intéressent plus trop à la nature, c’est peut-être parce qu’ils savent où ils sont nés. Plus de roses, plus de choux.  Leur imaginaire s’est fait la malle depuis longtemps, mais c’est une autre histoire abracadabrantesque (j’emploie ce mot en souvenir de notre cher Chirac désormais près des ifs, pour continuer les métaphores buccoliques) .
Pour être plus sérieux, les jardins sont un peu nos récréations et nos créations divines… notre Éden à chaque buisson planté… nous punissons la mauvaise herbe, comme Dieu a puni cette mauvaise graine d’Adam et Ève…


En dehors de ces clichés, reliquats d’une enfance chrétienne, le jardin, c’est avant tout la terre ; la terre qui nous nourrit, la terre qui nous recevra.
Le jardin, c’est la maturité de l’âme et le déclin du corps. Le jardin, c’est un destin mêlé d’enfantements et de fausses couches… Je parle d’accouchement, parce que le jardin est très masculin dans ma tête, alors que la terre est féminine ; il y a là une belle symbolique.
La terre accouche de ce que le jardinier plante en elle.


Ce sont des réflexions extrêmement enfantines, si peu objectives, mais il faut dire que lorsque j’étais petit, moi qui vivais en ville, j’allais presque tous les soirs en compagnie de mon père, rendre visite à mon grand-père qui habitait à quelques kilomètres de Ferryville, en pleine campagne de Tinja, et qui possédait un immense jardin.
Un jardin qui me faisait rêver.

Un jardin, subtil, varié que je pénétrais toujours avec la même émotion…
Un jardin à l’opposé de mon grand-père,  homme bourru et taciturne...



Comment pouvait-il faire grandir les citronniers, les orangers, les abricotiers, la vigne ?
Comment
pouvait-il faire pousser, les clématites, les tournesols... et les roses ?
Comment
pouvait-il faire naître les haricots, les artichauts, les poivrons, les petits pois... et les choux ?
Quoi qu'il en soit, le jardin reste un sentiment toujours en mouvements, toujours présent.


Quand je vais quelque part et que j'en reviens, je retrouve mon jardin comme on retrouve quelqu’un qu’on aime, quelqu'un qui vous attend. Le temps de le traverser pour retrouver la maison, je l’observe mine de rien, j’arrache une mauvaise herbe, je caresse un tronc, je respire une rose… Je me retrouve.



Il ya quatre jours, juste avant que le temps ne se gâte, j’avais pris ces quelques photos…



par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Lundi 7 mai 2007

Quand je n'ai pas le coeur à écrire, je pioche dans mes romans... Voici donc un extrait de Bou Kornine, roman authobiographique publié en 2004, aux éditions BONOBO et dans lequel les prémices de qui nous attend pour ces cinq années étaient envisagés.

 .../ Que m’apportera l’année qui vient en plus de mes peintures ? Un livre à écrire, c’est possible ; le fruit de mes divagations, le fruit de ma paresse à devenir grand, malgré ma lucidité… le fruit de ce refus à marcher droit… de mon besoin de partager ce qui n’est pas partageable. Heureusement, il y aura la vie intense et complice avec mon ami qui me permettra comme toujours de mieux supporter mes faiblesses.
    Une parenthèse dans l’exil ! Juste pour oublier mes graves interrogations sur la politique, pétrifiée de bonne morale, qui voudrait un Monde discipliné, doté d’une jeunesse saine, courageuse, travailleuse, une jeunesse qui renoue avec les valeurs sûres :
    Travail, Famille, Patrie.

    Les pauvres,
    les alcoolos,
    les drogués,

    les putes,
    les pédés,
    les travelos,
    les étrangers… n’ont qu’à bien se tenir.

    Oui ! Demain.
    Demain… J’oublierai les discours creux et les agitations artificielles.
    Demain… J’oublierai ce formidable saut en arrière que nous offre le progrès.
    Ce n’est pas toujours ailleurs l’ignominie.
    Ce n’est pas toujours ailleurs la tragédie !
    Chez nous aussi, elles pourrissent les murs de notre forteresse. /...

  


Résumé du livre


    Sidi-Bou-Saïd, un petit village tunisien perché au-dessus de la Méditerranée. De l’autre côté de la baie, Bou Kornine « la montagne aux deux cornes ».
    La chaleur et les parfums.
    Les rires et les bruits.
    Les larmes.
    L’artiste peintre nous livre avec pudeur, mais sans fard, sa rencontre imprévue avec Moez, un jeune tunisien qui deviendra un de ses modèles favoris.
    Une histoire émouvante et retenue.
    Une histoire d’amour perdue d’avance, mais pleine d’espoir.
    Une histoire vraie.
    JCF /
éditions Bonobo


 

par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 6 mai 2007
Comme tous ceux qui, comme moi, avaient  choisi Ségolène Royale comme présidente, je vais devoir supporter un président subi.

par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Lundi 30 avril 2007
Je m'ordonne le repos.
Je suis trop perturbé par les élections, et le discours de Sarkozy au Zénith n'a pas arrangé les choses.
Je me sens même humilié.
Il a la verve des grands tribuns et le charisme de tous les dictateurs. Il m'a donné la chair de poule et une envie
épidermique de gueuler mon désarroi... Quant à sa façon odieuse de traiter mai 68 de tous les maux et affirmer que ce printemps fabuleux avait représenté la pensée unique, c'est tout simplement indigne et passéiste. Mai 68, bien au contraire rallia toutes les pensées, toutes les libertés... toutes les convictions.
Quand j'ai vu applaudir tous les people qui bavaient d'émotion devant lui et que ce malheureux pantin de Montagnier s'est époumoné de façon grot
esque en hurlant à sa victoire, là, j'ai vraiment eu mal au ventre et j'ai pensé à l'image négative que nous allons donné au monde, si nous avons ce président là, affublé de tous les tics qui trahissent sa boulimie de pouvoir.
À l'étranger, l'Amérique paye chèrement la politique de Bush et j'affirme que ce si Sarkozy passe, à notre tour, nous payerons chèrement la nôtre.
Je me retire pour cause de rancoeurs, de répulsion, de désordre personnels en tout genre,liés à mon allergie pour cet homme.
Je ne sais pas quand je reviendrai sur ce blog, si même, je reviendrai.
par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Jeudi 26 avril 2007
Aujourd'hui je suis à Paris, je vous confie les clefs du jardin ; de quelques-unes de ses niches que j'aime particulièrement et qui me donnent tant de travail et de bonheur.
Il en est des jardins comme des rivages, ce sont des havres de paix où le désordre intérieur se répare doucement au fil des saisons.
Il vient de ses parfums alourdis de soleil, des souvenirs métissés et tissés d'avenir.
Il vient de ses abeilles aux pattes chargées d'un butin de polen, des berceuses qui vous happent et vous endorment.
Il vient de ses perpétuels chants d'oiseaux, des envies de les connaître pour enfin croire aux hommes.


Les pivoines et les rhododendrons, à deux pas des bambous...


La glycine arbustive est ses grappes blanches géantes si odorantes...


Les rondeurs féminines des orangers du Mexique et celles des spirées...


À l'ombre du feuillage et posée sur les galets, la poterie japonaise pleine d'eau fraîche pour les oiseaux et pour arroser les bonzaïs...


Derrière la baie... le canapé de l'observateur...


 La clématite qui envahit d'année en année le vieux pommier...


La table des repas du midi et le ginkgo biloba dessus...


Le vieux banc sous l'arbousier qui invite à la lecture...


L'entrée sous l'arche des bambous qui ploient...


Je suis l'eau
Comme tu es la terre
 Et nous enfantons des jardins bleu d'attente.

Giliberti © In Bleus d'attente / 2001


par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Mercredi 25 avril 2007

Qui n’a pas souhaité se réveiller un matin et être un autre devant son miroir ? Qui n’a pas rêvé de changer de peau une seule fois dans sa vie et oublier les signes de ses faiblesses ?
Parfois, un simple regard dans la rue nous fait croire que nous ne sommes plus les mêmes, puisqu'on nous a remarqués. L’illusion est aisée jusqu’au retour chez soi où, chaque objet, chaque geste nous rappelle qui nous sommes, et le rêve s'arrête là.

C'est pour cela qu'il est bon de partir, de voyager... Les ailleurs permettent de s'oublier et de se réinventer. Ils vous rendent neuf, et neuf aussi votre regard.
Personnellement, j'aime enlever mon masque et vivre en saison découverte... Vivre comme on ne m'a pas programmé.

Parfois ça va plus loin...

Ce tableau « Masque » a servi la couverture de Marie-Pierre Pruvot pour son livre « Marie parce que c’est joli » paru aux éditions BONOBO.
Un livre qui raconte le parcours difficile, mais toujours positif d’un petit garçon qui, dès son plus jeune âge rêvait d’être une fille ; un jeune homme qui devint une femme épanouie... Marie. Cette autobiographie pleine de tendresse raconte ce parcours initiatique qui conduisit Marie de son Algérie natale jusqu’en France où elle devint une star des cabarets parisiens en compagnie de Coccinelle ( autre grande meneuse de revues des années cinquante ) et plus tard professeur de français.



par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Mardi 24 avril 2007

Juste pour le souffle...
Juste pour l'instant...

U
n papillon à visage humain. Un rendez-vous débarrassé de toutes les différences.
Un papillon sur une épaule, une errance d'argent mat et de poudre dorée, une aventure d'écailles et de pollen dans l'arène des grands.

Comme tous les magiciens, faisons croire à la supercherie des rencontres possibles, des alliances possibles...
Jetons à terre nos boucliers de corail et nos mots distanciés et ensemble, regardons les sentiers incendiés de soleil, à l'orée des bois.


par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Vendredi 20 avril 2007

J'ai toujours eu conscience du temps qui passe et c'est pour cela, que très tôt, j’ai appris à mémoriser tous les détails des évenements exceptionnelles qu’il m’arrivait de vivre pour être certain de n'en jamais rien oublier.
Inlassablement, dans ces cas prècis, je citais intérieurement chaque chose offerte à mes yeux, comme un acteur apprend un texte afin de le restituer sur scène.
Oui, j’apprenais par cœur les gestes, les mots, les ambiances du décor de mes futures évocations.

C’est ainsi, que parmi tant de souvenirs, j’ai en mémoire un petit matin de mes dix-huit ans, où, alangui et fatigué d’avoir fait  longtemps l’amour dans la nuit, je me reposais tout contre D.M…

J’avais conscience de vivre quelque chose qui ne se reproduirait plus, tout au moins dans ces conditions… Il avait escaladé jusqu'au premier étage le mur extérieur de mon immeuble et par la fenêtre ouverte de ma chambre, avait pu
directement me rejoindre  après minuit, pour que mes parents n’entendent rien.
C’était donc particulier et exaltant, je vivais une situation risquée qui pouvait mal tourner, puisqu’il était déjà quatre heures et demie du matin et qu’il fallait bien que mon beau vampire d’après minuit s’échappe avant le lever du soleil.
Je déclenchai donc jusqu’au plus profond de moi, toutes mes ressources, tous mes mécanismes de mémorisation pour pouvoir, le jour venu, me rappeler ces moments magiques et être certain de les avoir bien vécu.
Alors, tout en écoutant les premiers oiseaux qui annonçaient le jour, je caressai sa peau alors qu'il était à moitié endormi et je me disais : « Voilà, je touche sa peau, là, je remonte jusqu’à son épaule… là, ce sont ses cheveux et la moiteur de sa nuque… maintenant je sens son odeur de tabac et de miel... Je suis en train de vivre cet extraordinaire moment qui ne reviendra peut-être plus... je veux m’en souvenir au plus près, quand je serai vieux.
J’ai tant réussi ce marquage du temps, cet exil indélébile pour mon futur, qu’aujourd’hui je n’ai qu’à fermer les yeux et je revois tout, au point de croire que c’est arrivé hier… Le profil de D.M.. À contre-jour, ses cils… ses lèvres charnues, émouvantes, sa chevelure épaisse et blonde, sa voix basse et son accent suédois… ses mains.
Je retrouve intacte la pudeur de cette première rencontre de nos corps,  la chaleur d’un mois d’août à Toulon, les gestes hésitants puis précis, notre souffle retenu sur les draps brûlants.
Oui, j’étais un parfait caméscope à moi tout seul… je me suis offert des DVD plein la tête qui mélange mon temps et restitue mes bonheurs.


Aujourd’hui, mon bonheur immense est bien à l'abri de trente cinq ans de sentiments durables et pour continuer à collectionner des souvenirs plus perrissables, quelques photos suffisent à rappeler les plus imprévus...


par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 15 avril 2007
C’est ainsi que les pluies se sont épuisées.
C’est ainsi que les terres se sont asséchées.
De mes fêtes musicales, j’ai su dire l’essentiel et taire l’inutile. Dans cet ensemble des choses et des gens mêlés, je me nourris désormais du seul temps qu’il me reste. Je me nourris de mon âge.
Les terres écarlates de mes pensées ont bleui, et avec du rouge et du bleu, un peintre fait du violet… une couleur qui installe la sérénité, juste après les deuils…
Moi qui vis sur les dunes de sable, de celles qui chantent, moi qui aime le désert, j’abandonne à ton rire les plaies de mes sourires et je vis comme on meurt d’une absence qui me pèse.
J’ai toujours dit que je ne peignais pas pour « tous », mais pour « chacun » ; aujourd’hui je sais que ces mots sont vains. Mes espoirs ont autant de poisons que l’hellébore mauve et pâle, verte ou blanche, qui capture mes yeux tout en penchant sa tête, bien à l’ombre des arbres.
Les jardins sont des hommes aux bras forts et rugueux qui déploient des mystères et engendrent les destins. Ils vous donnent à croire à l’éternité alors qu’ il faut tant de temps pour qu’un arbre impressionne.


par Michel giliberti publié dans : Réflexion
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