Les libertés
Dont on se glorifie
Ne sont ici
Que pour oublier
Les barbelés
Tressés à même la peau.
© Giliberti / 2007
Sur les nouvelles terres
Aucun bâillon n’empêchera les cris.
S’y rendront
Toutes les errances
Toutes les audaces.
Nos semelles butteront sur les récifs
Et leurs téméraires lanières
Arrachées dans la chute
Libéreront
Les chevilles mercuriennes
Des enfants de demain.
© Giliberti / 2007

Mais je souffre déjà,
Quand tu gagnes si souvent
Et je reste immobile
À courir les jardins
Qui m’étouffent.
© Giliberti / 2007
Tous ceux qui me connaissent savent que je sors très vite de mes gongs dès que je côtoie l’injustice et la médiocrité qui la caractérise.
Ainsi, hier, au BHV, alors que j’étais à une des caisses de ce magasin parisien pour régler des achats, une des caissières se lève brusquement en éructant : « Ah ! non, c’est pas possible ! je prends ma pose. Il est hors de question que j’m’occupe d’elle. Elle pue trop ! J’ai pas envie de dégueuler. »
Interloqué par l’agressivité extrême de ces propos, je me retourne et aperçois une malheureuse qui trimbalait une charrette de fortune avec tout son bric-à-brac sous du plastique.
Gênée par l’accueil qui venait de lui être fait, elle se retira aussitôt en quête d’une autre caisse.
L’outragée et arrogante caissière ajouta aussitôt : « C’est ça… qu’elle aille puer ailleurs, mais pas à ma caisse ».
Je n’ai pas pu me contenir.
– Hé oui Madame, commençais-je calmement en la fixant, et en articulant à voix haute, la misère pue… Ça vous étonne ?
La jeune femme me lança à son tour un regard terrible.
– Elle peut se laver, non ?
– Ce qu’elle peut faire, je m’en moque, je réponds simplement à votre insolence. Quoi que vous pensiez, vous auriez pu le dire avec plus de discrétion et de toute façon vous n’aviez qu’à vous taire, et encaisser cette femme. Vos états d’âme n’intéressent que vous !
– Vous n’êtes pas à ma place.
– Vous n’êtes pas à la place de cette femme non plus. Vous voyez bien que c’est une SDF… Vous vouliez qu’elle sente le Nº 5 de Chanel ?
– Elle n’a qu’à se laver.
– Vous ne savez rien de sa détresse… rien de ses conditions de vie. Elle ne prend peut-être qu’une douche par semaine, et elle sent très vite parce que ses habits sont sales, parce que ce n’est pas facile, parce qu’il y a mille raisons pour qu’elle n’ait pu se laver… Elle peut être malade… Vous pouvez comprendre ça ?
– Si j’étais sale, j’irais pas empester les autres… J’irais me cacher plutôt.
– Vous saurez sans doute vous cacher pour voter, je suis rassuré…
La caissière le prit très mal.
– Qu’est-ce que vous insinuez ?
– Ce que vous avez compris.
– Je ne suis pas raciste.
– Le racisme est social, Madame, rien d’autre !
À ce moment, les clients ont commencé à manifester une véritable aversion pour l’agitateur que j’étais et qui leur faisait perdre certainement un temps précieux.
Inutile de vous préciser que c’est tout qui me pousse à continuer bien sûr.
J’ai repris ma carte bancaire, mon paquet, et au moment de partir, je les ai tous regardés avec dédain.
– Vous avez raison… Mettez-vous du côté de cette caissière, comme elle soyez aveugle à la misère et allez voter Le Pen, bande de connards !
Et puis je suis parti, satisfait et bien triste à la fois de constater à quel point nous devenons égoïstes et comme il est pratiquement impossible de se mettre à la place des très pauvres dans une société qui tend à faire croire que nous devons être au top pour exister.
Quelle misère !

Ma vieille de Matmata...

Elle,
Au fond des murs pierre
Parlait de son passé
Contait ses souvenirs
Moi,
Au bord des lumières
Je n'avais rien à dire
D'un présent emmuré.
In Voyage secret Tunisie © Bonobo / 2004
Cette vieille dame,
une salamandre tatouée sur le menton, doit être connue à Matmata, car lorsqu’elle m’a fait entrer chez elle, j’ai vu sur un meuble sa photo au milieu de coupures de journaux
encadrées. Je pense qu’elle a dû recevoir une médaille ou un prix pour famille nombreuse, car beaucoup de photos d’enfants étaient autour de son portrait, mais je m’avance peut-être.
Quoi qu'il en soit, elle a été d’une patience inimaginable avec moi, a
accepté que je la croque rapidement sur mon bloc à dessins, puis que je la prenne quelques photos. Elle était très coquette, s’est arrangée sa frange orange à plusieurs reprises, a lissé sa robe
et mis en avant ses fibules en argent.
J’étais sur un
nuage ; c’était vraiment extraordinaire. Je me trouvais là, dans sa maison au centre d’un vaste trou aménagé dans le sol. Au départ on ne voit pas
vraiment ces fameuses habitations troglodytes. Il faut grimper un peu sur les hauteurs et là, on aperçoit des espèces de
cratères, des trous qui s'ouvrent sur une cour intérieure avec un puits et cinq ou six entrées disposées tout autour, sans compter celles des étages qui mènent aux greniers où l'on conserve
différentes denrées comme l’huile, les olives. On y accède par des escaliers. Tout est très bien agencé. Ces habitations sont coquettes, leurs cours intérieures, délicieuses ; des plantes et des
herbes aromatiques y poussent dans des pots de terre, du linge sèche au soleil, tout y est terriblement chaleureux. Si l’ensemble est construit à même la roche, certains volumes comme les
marches, les étagères, les banquettes, les cheminées sont parfois en argile. Il y fait frais l’été, chaud l’hiver. Je crois qu’on n'a rien inventé de mieux…
C'est mieux que la maison Borlo à cent mille euros !
Il y a souvent un poisson ou une main de couleur bleue à l'entrée des
maisons pour conjurer le mauvais sort.
Je pourrais rester sur le seuil de cette porte aussi longtemps que ce chat
qui n'a jamais bougé tout le temps que je suis resté dans cette cour ensoleillée.
Sur la route au dessus de ces
maisons troglodytes, ce jeune cycliste transportait du bois et n'a pas manqué de me sourire tout en peinant sous la chaleur qui était vraiment terrible ce jour-là.
Avant qu'il ne disparaisse, j'ai pris une dernière photo de lui... Où était sa jolie maison ?

Un paysage caractéristique de Matmata avec ce beau marabout blanc qui semble surgir de
terre au milieu des maisons qu'on ne voit pas... C'est un vrai jeu de cache- cache.
par Michel Giliberti
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Tunisie
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En 814 av JC, quand les légendes avaient encore du souffle, la reine Didon demanda au roi Syfax, un roi berbère, de lui accorder l'autorisation de fonder un royaume sur ses terres. Celui-ci, quelque peu ironique, accepta, mais à la seule condition que ce royaume ne soit pas plus grand qu’une peau de vache. Didon, en femme intelligente accepta l’offre mais ce que le roi perse ignorait c’est qu’elle allait découper cette peau en fines lanières et s’en servir pour délimiter un périmètre conséquent...
Et ainsi naquit Carthage.
Ségolène arrivera t-elle à découper la peau de Nicolas pour en faire une république et rendre la France présidente ? (c'est bien une peau de vache, Nicolas, non?)
En attendant, à Carthage, devant quelques vestiges du royaume de la fameuse Didon, voici deux amis tunisiens. L'un est manequin (photo ci-dessus) et l'autre, styliste (photo ci-dessous).
Voilà, c'était juste un goût d'ailleurs et de légendes. Une histoire aux confins de nos vies bien réelles où le marbre n'est pas le matériau des vestiges puniques, mais un simple élement de comparaison avec notre police aussi froide que lui, une police qui n'entend rien à l'humanité, une police qui s'en va rafler un grand-père devant une école devant les yeux des gamins, une police qui frappe et met en garde à vue une directrice d'école !
La France, Madame Monsieur, la France !!! Un royaume!
Mes mains ne tiennent rien
Laissent échapper le sable.
Silices et bris de verre
S’ils ne me blessent plus,
Blessent toujours autant
Blessent toujours dedans
L’enfant damné
De tant d’années.
© Giliberti / 2007
Extrait de "Verre où" © Giliberti / 2007
par Michel Giliberti
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Réflexion
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« La nostalgie n'est plus ce qu'elle était », ce très beau titre qui résume les mémoires de Simone Signoret a toujours eu un effet particulier sur moi. Je le trouve ambigu et comme je n'ai pas lu le livre, je ne sais pas ce qu'il sous-entend, même si j'en conviens dans le fond.
Pour moi, la nostalgie n'est pas négative, elle a bien sûr le goût de mes vingt ans, mais ce goût survit comme un mécanisme rassurant, une énergie renouvelable... Mes années adolescentes ont été partagées avec Chantal. J'avais fait sa connaissance aux beaux-arts de Toulon, alors que j'avais quinze ans et demi ; cette parenthèse dans cette école qui ne m'a rien appris et que j'ai fuis au plus vite, m'a fait pourtant rencontrer l'amie d'une vie.
Alors, pour elle, pour moi, pour nos amours, juste ces photos qui parleront à nos coeurs qui sont restés si jeunes, si innocents, si... consumables.
Qui pouvait penser que nous ne nous assagirions pas, que nous serions toujours curieux de tout ? de la moindre note de musique au silence des forêts, en passant par le bruit de l'orage et l'enfer des villes.
Dès qu'on se retrouve, nous rétrogradons allégrement ; il nous est impensable de concrétiser notre demi-siècle passé depuis déjà quelques années.
Pour me remettre dans l'ambiance de ces années là, où le sida n'existait pas, (ne pas oublier le sidaction) je voulais la vidéo d'un groupe phare de l'époque : Iron Butterfly et son extraordinaire INAGADADAVIDA (que j'installais en fin de soirée quand j'étais DJ dans une boîte branchée de Toulon), mais le clip dure 17 minutes... Ensuite j'ai pensé à LET MY FIRE, des Doors, puis NIGHTS IN WHITE SATIN des Moddy blues ou SYMPATHIE FOR THE DEVIL des Rollings Stones.
Finallement j'ai choisi ELOISE de Barry Ryan (dont il faut faire abstraction du blouson, de la ceinture et de la coiffure) Reste la voix, la gueule, et la chanson... reste cette musicale nostalgie.
par Michel Giliberti
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Réflexion
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Vivivi... j'y s'rai!
Le Salon du Livre, Paris porte de Versailles, a ouvert ses portes et je serai sur place au stand des éditions Bonobo (Hall 1 stand K150-L151) le dimanche 25 à quinze heures. Je dédicacerai, entre autres, trois de mes livres parus entre 2004 et 2006, dont un livre d'art.
Un peu de pub...
... pour soi...
... ne peut nuire.
Yeh!
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