Vendredi 23 mars 2007
Comme les amants malheureux qui mendient celles ou ceux qui les ont quittés, comme l’assassin revient sur les lieux du crime, je suis retourné chez Leclerc…
Je cherchais à acheter de la charcuterie, sans porc, car j’avais des amis musulmans qui venaient grignoter à la maison.
Je sais, j’aurais dû me rendre dans une vraie charcuterie, mais dans mon bled tout le monde se connaît et on ne peut éviter les palabres inutiles avec les commerçants. J’envisageai donc de prendre un morceau de pâté de lièvre, mais voulant être certain qu’il n’y avait pas de viande de porc dedans, je décidai de me renseigner auprès de la vendeuse et là, stupéfaction, celle-ci, que je n’avais encore jamais vue au rayon, était très rose, dodue à souhait et avec une courte chevelure crépue qu’un inconscient coiffeur, pour ne pas dire incompétent, avait massacrée d’un blond vénitien plus proche du potiron normand.
Elle était là, à ma disposition, toute gantée de caoutchouc transparent, la lèvre pulpeuse et brillante de gloss et de salive. D’émotion, j’avalai la mienne précipitamment, m’apprêtant à lui demander si je pouvais être certain que le pâté de lièvre ne contienne pas de porc, quand une de ses collègues arriva, qui la gratifia d’un « salut ma belle » tonitruant, tout en enfilant elle aussi des gants en latex.
Aussitôt je mis un frein à ma curiosité culinaire, sentant d’avance qu’il y avait mieux à faire. Et j’avais raison…
La première des préposées à la vente se tourna vers la deuxième, fraîchement arrivée, et lui offrit un buste généreux et palpitant qu’un tablier trop étroit faisait saillir davantage.
– J’ai mal dormi, a entamé la seconde.
– Pourquoi ?
– Hier, j’ai pris un truc qui m’a pas été… j’étais toute ballonnée.
La naturellement ballonnée compatit, puis confia :
– Moi, c’est mon régime dissocié qui m’va pas.
– Pourquoi ?
– Hier, c’était la journée œuf… Au bout du douzième, j’ai calé.
– Douze oeufs ? Mais pourquoi ?
– Ben c’est ça, le régime dissocié… tu manges toute la journée la même chose ; autant qu’ t’en veux… Chaque jour une chose différente, mais la même chose, tu comprends ? T'associe rien !
– Depuis quand tu fais ça ?
– Depuis dix-sept jours.
– Et ça marche ?
– Ben oui.
– T’as maigri ?
– Ben oui.
– De combien ?
– Deux cent cinquante grammes.
La réponse tomba comme une vulgaire chipolata.
La seconde resta sans voix, à considérer avec inquiétude sa collègue, puis se raclant la gorge, elle se tourna vers moi avec une expression découragée.
– Monsieur ? Vous désirez ?
– Du pâté de lièvre, s’il vous plait, mais à condition qu’il n’y ait pas de porc dedans.
La seconde réfléchit, posa un regard sur sa copine si ronde, si rose, si… blonde et s’adressant de nouveau à moi, elle me dit presque dans un soupir.
– Ben non, ici, y’a qu'du porc… partout.
J’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester serein et je suis aussitôt parti chez ma bouchère charcutière, la vraie, celle qui a un mari « qu’on saigne toutes les semaines » (lire « Les saignements du boucher » de janvier) qui, elle, me servit un bon pâté sans porc mais qui dans la foulée m’a lancé :
« On sait plus comment s’mettre avec le refroidissement d’la terre qui s’réchauffe… c’est un vrai binz. L’matin, y fait humide, on s’couvre, l’après-midi, y fait chaud, on s’découvre... et paf ! on attrape la crève !
J’étais comblé…
Je cherchais à acheter de la charcuterie, sans porc, car j’avais des amis musulmans qui venaient grignoter à la maison.
Je sais, j’aurais dû me rendre dans une vraie charcuterie, mais dans mon bled tout le monde se connaît et on ne peut éviter les palabres inutiles avec les commerçants. J’envisageai donc de prendre un morceau de pâté de lièvre, mais voulant être certain qu’il n’y avait pas de viande de porc dedans, je décidai de me renseigner auprès de la vendeuse et là, stupéfaction, celle-ci, que je n’avais encore jamais vue au rayon, était très rose, dodue à souhait et avec une courte chevelure crépue qu’un inconscient coiffeur, pour ne pas dire incompétent, avait massacrée d’un blond vénitien plus proche du potiron normand.
Elle était là, à ma disposition, toute gantée de caoutchouc transparent, la lèvre pulpeuse et brillante de gloss et de salive. D’émotion, j’avalai la mienne précipitamment, m’apprêtant à lui demander si je pouvais être certain que le pâté de lièvre ne contienne pas de porc, quand une de ses collègues arriva, qui la gratifia d’un « salut ma belle » tonitruant, tout en enfilant elle aussi des gants en latex.
Aussitôt je mis un frein à ma curiosité culinaire, sentant d’avance qu’il y avait mieux à faire. Et j’avais raison…
La première des préposées à la vente se tourna vers la deuxième, fraîchement arrivée, et lui offrit un buste généreux et palpitant qu’un tablier trop étroit faisait saillir davantage.
– J’ai mal dormi, a entamé la seconde.
– Pourquoi ?
– Hier, j’ai pris un truc qui m’a pas été… j’étais toute ballonnée.
La naturellement ballonnée compatit, puis confia :
– Moi, c’est mon régime dissocié qui m’va pas.
– Pourquoi ?
– Hier, c’était la journée œuf… Au bout du douzième, j’ai calé.
– Douze oeufs ? Mais pourquoi ?
– Ben c’est ça, le régime dissocié… tu manges toute la journée la même chose ; autant qu’ t’en veux… Chaque jour une chose différente, mais la même chose, tu comprends ? T'associe rien !
– Depuis quand tu fais ça ?
– Depuis dix-sept jours.
– Et ça marche ?
– Ben oui.
– T’as maigri ?
– Ben oui.
– De combien ?
– Deux cent cinquante grammes.
La réponse tomba comme une vulgaire chipolata.
La seconde resta sans voix, à considérer avec inquiétude sa collègue, puis se raclant la gorge, elle se tourna vers moi avec une expression découragée.
– Monsieur ? Vous désirez ?
– Du pâté de lièvre, s’il vous plait, mais à condition qu’il n’y ait pas de porc dedans.
La seconde réfléchit, posa un regard sur sa copine si ronde, si rose, si… blonde et s’adressant de nouveau à moi, elle me dit presque dans un soupir.
– Ben non, ici, y’a qu'du porc… partout.
J’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester serein et je suis aussitôt parti chez ma bouchère charcutière, la vraie, celle qui a un mari « qu’on saigne toutes les semaines » (lire « Les saignements du boucher » de janvier) qui, elle, me servit un bon pâté sans porc mais qui dans la foulée m’a lancé :
« On sait plus comment s’mettre avec le refroidissement d’la terre qui s’réchauffe… c’est un vrai binz. L’matin, y fait humide, on s’couvre, l’après-midi, y fait chaud, on s’découvre... et paf ! on attrape la crève !
J’étais comblé…
par Michel Giliberti
publié dans :
Humour et société
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... Il est à la fois doux, drôle, secret et très photogénique...
... I
Quand on arrive à Tozeur en plein mois d'août comme je l'ai fait, on est tout de suite happé par la chaleur
étonnamment puissante, mais cela n'a jamais eu d'importance pour moi. Je la supporte assez bien. Dès que j'ai posé mes affaires à l'hôtel, le si bel hôtel Dar Cherait ( la maison de Cherait
), du nom du propriétaire, j'ai repris ma voiture et je suis parti à l'oasis. C'est un lieu à part qui force à la méditation, pas forcément transcendantale, zen ou métaphysique, non... juste
profonde ; plus proche d'une méditation philosophique qui fait redécouvrir les simples joies d'un paradis terrestre ( aucune connotation religieuse, juste le pouvoir évocateur de ces mots ).
D'ailleurs, un jardin sublime nommé « Le Paradis » se trouve tout en bas de la route principale, une route sableuse où passent des calèches comme autrefois. Quand on rentre dans ce jardin
botanique écrasé de tant de palmiers et de tant de végétations éblouissantes, on rentre dans du vert. Tout y est vert. La lumière absorbe ce vert et nous le renvoie. Notre peau elle-même
prend cette couleur d'absinthe dorée tant la luxuriance y est exceptionnelle.
















... tous
...
... terriens.















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