Dimanche 31 décembre 2006
Voilà… 2006 est arrivé à son terme.
Notre histoire de « gens » va pourtant continuer avec ses actions, avec ses choix.
Tous ensemble, relayeurs de mots et de gestes, tous ensemble, à fuir nos doutes et à croire en des lendemains qui chantent ; nous aurons de radieuses grandeurs et bien sûr d’obscures lâchetés. Nous aurons nos frayeurs nouvelles à l’annonce d’un orage violent en hiver et aux moindres degrés de trop en été, maintenant que nous savons notre planète malade. Elle se réchauffe, se refroidit… Bref, toutes les métaphores pour excuser nos seules erreurs.
Ce ne doit pas être si grave dans le fond puisque dernièrement à la télé, un humoriste demandait à toute l’équipe de son émission qu’elle était la particularité du dauphin qu’on voyait à l’écran.
– Voyons… a-t-il une nageoire en trop ? demanda l’un des animateurs.
– Non ! répondit le meneur de jeu.
– A-t-il échoué sur une plage ?
– Non plus!
– A-t-il sauvé quelqu’un ?
– Pas du tout !
….
La réponse tomba dans le fou rire général !
– Ce dauphin est un dauphin de Chine et sa particularité… c’est qu’il vient définitivement de disparaître de la planète.
À vous de choisir, de l’ouverture ou de la fermeture, de l’errance ou des chemins balisés, de l’ordre ou du chaos… Tout est dans la profondeur du gouffre au bord duquel nous nous penchons et de l’ivresse qu’il nous procure.
Bonne année, les amis.
par Michel Giliberti
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Réflexion
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Quand la tempête des éléments prit fin, l’originelle couleur des temps devait être celle-là… ce jaune un peu fané, ce jaune de soleil épuisé, ce jaune du ciel dans son suaire de chaleur qui devait encore emprisonner et pourtant libérer les forces vives ; déjà.
Avant les vœux de demain, juste l’aveu de deux mains ; deux mains nomades sur les touches d’un clavier ; deux mains qui s’efforcent, tant bien que mal, de rendre vivant le voyage de l’enfance pour que ne tombe jamais la fièvre qui incendie les rêves.
Vendredi 29 décembre 2006

Etude mine de plomb et réhauts de blanc © Giliberti / 2006
Emmanuel, qui est désormais un grand mannequin aux Etats-Unis, a été "Le" modèle.
Beaucoup de mes plus fortes toiles sont nées avec lui.
Emmanuel est le garçon le plus optimiste que je connaisse et depuis les USA, il est toujours prêt à me remonter le moral si je suis en perte de confiance ou que je panique devant la dureté de la vie.
Il avait seize ans et demi quand un copain me signala sa présence dans un show de body-building (tout ce que je déteste).
Il avait beau me dire que c'était un garçon magnifique, rien n'y faisait ; je ne voulais pas le rencontrer. D’une part parce que je trouvais qu’il était trop jeune et d’autre part, parce que je craignais qu’il ne soit obsédé par le culturisme.
Je passe les détails... jusqu'au jour où, vaincu par la ténacité de mon copain, je pris rendez-vous avec lui. Il venait de Honfleur. Je suis allé le chercher à la gare d'Évreux, la gare la plus proche de mon village.
J'étais totalement désespéré.
Pour la première fois de ma vie, j’arrivais en retard à un rendez-vous (véritable acte manqué). Devant la gare, Emmanuel m'attendait sagement. Il était en jean et en baskets, un sac à dos sur l’épaule.
J’ai pilé devant lui à tout hasard, persuadé que ce ne pouvait pas être ce garçon-là... si grand, si adulte, et pourtant...
"Vous êtes Emmanuel?" demandai-je bêtement, alors qu'il n'y avait personne d'autre autour de lui.
Il me répondit sous forme de boutade "Et vous, vous êtes Michel?", puis il me fit un grand sourire, remonta ses cheveux qui balayaient ses yeux verts et s'engouffra aussitôt dans la voiture.
J’étais totalement bluffé par sa beauté et me maudissais d'avoir tant hésité à le rencontrer... Le plus extraordinaire, c’est qu’il parvint à me mettre à l’aise en deux minutes, tant il parlait avec spontanéité et gentillesse.
Je continue à le peindre quand nous parvenons à concillier nos emplois du temps, et j'adore le voir grandir. Il est de plus en plus beau à la veille de ses trente ans et toujours aussi gentil et attentionné avec moi.
Je crois que tant que ce sera possible, je le peindrai.
On s'adore vraiment.

C’est lui qui m’a fait découvrir New York pour la première fois. Il était tout fier de me montrer des affiches géantes de lui qui s'étalaient sur les murs de la ville et les abris bus.
Un beau souvenir et beaucoup d'émotions.
Plus tard il m'emmena à l’emplacement des twins towers qui venaient de s’effondrer trois mois plus tôt, alors qu’il se trouvait là, à prendre des photos de ses parents venus lui rendre une visite.
C’était terrible. Il était très ému. Sur ces fameuses photos, au fur et à mesure des prises rapides, on voyait ses parents changer de visage. Dans leur dos, le premier avion venait de percuter une des tours et la fumée noire s'en échappait dans le ciel étincelant. Ils réalisaient que quelque chose d’incroyable venait d’arriver, mais ils gardaient la pose devant une des tours en flamme… Emmanuel avait photographié le drame.
Mercredi 27 décembre 2006
Pour changer un peu de mes peintures, voici un de mes bronzes.
J’adore sculpter, mais entre l’écriture, la peinture, le jardinage, et tout ce qu’il faut faire au quotidien, je n’ai plus assez de temps pour entreprendre tout ce que j’aime. Il faut faire des choix.
Je sais pourtant que je me remettrai un de ces jours à la sculpture.

Je ne sculpterai plus…
La veine d’améthyste
Sous l’ambre de ta peau
Me rassasie du marbre.
Je n’esquisserai plus…
Tes yeux de pierre noire
Dessinent mes ardeurs
Et gomment le sommeil.
Je ne ferai plus rien…
Tes gestes de ruisseau
Tes danses autour du puit
Suffisent au créateur.
Je ne vieillirai plus…
La pourpre de tes lèvres
Incendie mon déclin
Des plus rouges clartés.
©
Giliberti / Bleus d'attente

Preuve de mon amour pour la sculpture, ce très vieux tableau représentant un tas de statues classiques enchevêtrées de façon chaotique.
À l’époque, j’étais désespéré de voir à quel point l’art figuratif semblait désuet devant le moindre objet abstrait, la moindre installation, fut-elle un simple amas de gravats. J’avais donc imaginé que les pièces académiques des musées finiraient un jour à la décharge, formant en quelque sorte de nouveaux musées « branchés ». (L'ange n'étant qu'une métaphore de la mort de l'art figuratif.)
Je n’ai rien contre l’abstraction aujourd'hui et même, je ne peux compter les toiles et les sculptures abstraites qui savent me séduire. Il faut dire qu'à l’époque, j’avais quelques blocages, car le seul fait d’annoncer que j’étais un artiste figuratif relevait du parcours du combattant et m'attiraient les foudres des galeristes qui faisaient primer le message conceptuel et intellectuel sur la simple technique comme si les deux étaient incompatibles. J'avoue que je souffrais que l’art soit à ce point compartimenté.
Franck, mon modèle, venait de perdre Tania, sa jeune amie de vingt ans, emportée en trois mois par un cancer.
Il était désespéré et venait souvent à la maison me parler d’elle et tenter d’exorciser son chagrin.
Je me souviens que nous écoutions Wasis Diop à longueur d’après-midi.
Je le regardais me parler de la mort, du suicide.
Il pleurait dans mes bras.
Dans ces moments-là, nous étions très proches.
Éprouvé par sa douleur et en souvenir de ces longs après-midi, je le peignis un peu plus tard en projetant son suicide qui fort heureusement n’eut pas lieu.
Je voulais que Franck soit sans fards, seul, nu, avec son suicide au bout des doigts et une lettre d’adieu qui affirmait qu’il n’était pas si grave de quitter ce monde dès lors qu’on le désirait.
Ce n’est pas si dur,
Juste un royaume qu'on déserte...
Les bouffons demeurent,
Armés de vie
Devant vos bouches vides
Et vos paupières d’encre.
Ils sauront vite
Vous faire m’oublier.
© Giliberti (texte de la lettre sur le tableau)
Une fois n’est pas coutume….
Ce christ que j’ai peint voilà bien des années, me semble tout indiqué pour vous souhaiter un joyeux noël… Il y a du pain, du vin, du divin… il ne manque que les huîtres et le foie gras !
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