Il n’y a pas de pays sages, il n’y a
que des paysages.
L’escale est impossible, l’ancrage, moins encore. Seules nos errances poétiques ou vagabondes pensent trouver le lieu idéal et nous engagent à y séjourner.
Moi, j’aime voyager au coeur des visages. Je ne suis jamais déçu. Ils sont des ports d’attache, des routes offertes, des espaces flamboyants. Ils sont les repères qui répondent à mes espérances.
Des portes ouvertes sur ma Babylone.
Quelle étrange chose que ce baiser furtif en soirée, quand, au fond du jardin, dans l’air
soudain plus frais, je vous avais raccompagné jusqu’à votre voiture ! Une calèche tirée par des chevaux m’aurait moins étonné, tant votre visage romantique s’accordait de cette époque. Tout
au long de la soirée, alors que nous dénoncions la noirceur des chiens et des loups d’aujourd’hui, j’avais pensé que seuls les vins et la musique rendaient vos yeux brillants mais là, dans les
lumières qui bleuissaient les bambous, je me sentis rougir d’en mieux comprendre le sens. Hélas, en réponse à vos lèvres hésitantes, je n’eus que des mots balbutiants quand il aurait mieux valu
en explorer l’ardeur.
Vous aviez de ces lieux un souvenir
ardent attaché au tapis et à la meule de pierre qui amusait vos yeux. Vous pensiez que les choses d’un temps hors du vôtre ne pouvaient me séduire. Je vous avais murmuré que mes mains savaient
aussi bien lire les rides des pierres centenaires que la soie de vos deux décennies.
C’est aux heures lourdes de la
sieste, dans le silence engourdi de la chambre, que tes gestes savaient réveiller mes sens. C’est aux heures sourdes de la sieste,dans le tumulte éperdu de mon coeur, que mes mots savaient endormir tes pulsions.
Avant hier soir, au coucher du
soleil, le ciel était partagé en deux ; bleu à l’est, gris à l’ouest. C’est alors quele rouge incroyable d’un rayon de soleil perçala chape des nuages et vint éclairer comme un projecteur la cime du lilas et des bambous du jardin. J’étais en train d’écrire quand l’incendie de cette lumière me
fit tourner la tête. Dans l’espace feuillu dont les couleurs commençaient à s’éteindre, la beauté de cette clarté qui transformait mes lilas mauves en lilas rose orangé était spectaculaire. Je
n’ai pas résisté et je suis descendu comme un fou saisir l’instant magique. Les photos sont floues (je me suis trop précipité, je savais l’instant fugace), mais les couleurs sont exactes. Aucun
trucage. D’ailleurs, si je m’étais aventuré à en faire, je n’en aurais jamais osé de tels.
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