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Mardi 9 janvier 2007

Qui de nous n’a pas reçu un jour des offres d’abonnements de la part de journaux aussi sérieux que Télérama ou Le nouvel Observateur pour ne citer qu’eux ?
Afin de vous tenter de les accepter, ces hebdos vous proposent des montres, des caméras vidéo, des lecteurs de DVD et quand on a fini de lire la liste déjà incroyable des cadeaux, on s’aperçoit que ce n’est pas tout : si vous répondez à l’offre avant une certaine date, une pluie de petites étrennes supplémentaires se bousculent encore à l’horizon…
Eh bien en ce moment, Chirac, c’est exactement la même chose… Prêt à tout offrir pour un dernier abonnement de cinq ans.

Et tout de suite, sans abonnement, je vous offre le soleil, la mer, les barques du vieux port de Bizerte et le sourire des enfants de Tunisie…

© Giliberti / 2007

© Giliberti / 2007

© Giliberti / 2007

© Giliberti / 2007

© Giliberti / 2007




La vie à crédit...



En ce moment à la télé il y a une pub qui montre un homme avec une tête en forme de porte-monnaie parce qu’il a un crédit Sofinco…
Après « L’homme à la tête de choux », album génial de Gainsbourg, on régresse…
Une tête de porte-monnaie… N’importe quoi ! Je préfère encore une tête de nœud !

Quelle misère!

par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Samedi 6 janvier 2007

Et d’inventer un Dieu
Nous fut bien plus facile
Que de croire en nous-mêmes, si fragiles…

© Giliberti 2007


Samedi dernier, j’ai écouté sur France Inter le témoignage d’un jeune homme qui avait passé 23 ans de sa vie avec les témoins de Jéhovah.
Il parlait de ces années perdues où il avait été instrumentalisé par les membres de cette secte, de l’édification de sa culpabilité dès qu’il manifestait le désir de s’ouvrir à de nouvelles amitiés, de son impossible détachement du groupe pour qui les autres étaient le mal, le diable et enfin du prosélytisme permanent qu’il devait déployer autour de lui.


Ce jeune homme, libéré de cette tyrannie depuis seulement trois ans, racontait avec douceur et ravissement combien il lui était agréable désormais de sortir, rire, fréquenter qui il voulait sans être accusé de commettre un pêché mortel, sans se sentir coupable à cause d'un système qui ne lui imposait qu'une vision disciplinaire de la vie.
Son bonheur nouveau me donnait à penser au mien quand un matin, je décidai de ne plus croire en Dieu.

par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 31 décembre 2006



Voilà… 2006 est arrivé à son terme.
Notre histoire de « gens » va pourtant continuer avec ses actions, avec ses choix.
Tous ensemble, relayeurs de mots et de gestes, tous ensemble, à fuir nos doutes et à croire en des lendemains qui chantent ; nous aurons de radieuses grandeurs et bien sûr d’obscures lâchetés. Nous aurons nos frayeurs nouvelles à l’annonce d’un orage violent en hiver et aux moindres degrés de trop en été, maintenant que nous savons notre planète malade. Elle se réchauffe, se refroidit… Bref, toutes les métaphores pour excuser nos seules erreurs.
Ce ne doit pas être si grave dans le fond puisque dernièrement à la télé, un humoriste demandait à toute l’équipe de son émission qu’elle était la particularité du dauphin qu’on voyait à l’écran.
– Voyons… a-t-il une nageoire en trop ? demanda l’un des animateurs.
– Non ! répondit le meneur de jeu.
– A-t-il échoué sur une plage ?
– Non plus!
– A-t-il sauvé quelqu’un ?
– Pas du tout !
….
La réponse tomba dans le fou rire général !
– Ce dauphin est un dauphin de Chine et sa particularité… c’est qu’il vient définitivement de disparaître de la planète.

À vous de choisir, de l’ouverture ou de la fermeture, de l’errance ou des chemins balisés, de l’ordre ou du chaos… Tout est dans la profondeur du gouffre au bord duquel nous nous penchons et de l’ivresse qu’il nous procure.

Bonne année, les amis.


par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 26 novembre 2006
Samedi après-midi, à Paris, j’étais assis à la terrasse d’un café dans le sixième, à quelques mètres de la galerie où mes toiles sont exposées. J’avais rendez-vous avec Hamid, mon galeriste et j’étais un peu en avance.
Perdu dans mes pensées, je regardais la foule déambuler au carrefour de la rue Mazarine, de la rue St André des Arts et de celle de Bussy.
Je pensais à mon arrivée à Paris en 1968. Il était 3 heures du matin. J’avais fait du stop toute la journée depuis Toulon, et voilà… Sous une pluie fine, on me livrait comme un paquet au pied du lion de Denfert-Rochereau. Dès le lendemain, Saint-Germain me happa.

Je me revoyais dans ce quartier, à dix-huit ans.

Il y traînait encore le parfum sulfureux de mai… Des  slogans d’étudiants se lisaient sur les murs et des pavés en petits tas trônaient toujours sur les trottoirs. Je crois même qu’il y avait une carcasse de voiture calcinée vers la Sorbonne.
Tout m’éblouissait, tout m’enthousiasmait. Je n’avais pas un rond en poche, mais des rêves plein la tête.
Saint-Germain devint très vite mon quartier favori. J’y traînais avec ma guitare et je faisais la manche de temps à autre en poussant la chanson dans des restaurants ou devant les cinémas où les files des spectateurs attendaient de rentrer. On y sentait encore ce petit air existentialiste qui avait tant imprégné le 6 ème à l’époque de Sartre, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Boris Vian et tant d’autres.
Que de fois j’ai crevé de faim et que de fois je suis parvenu à me rassasier d’autre chose que de « bouffe ». Je parvenais à lire de-ci de-là, à rencontrer des gens intéressants… Bref, je me suis fait, comme on dit.

Oui, samedi après-midi, à Saint-Germain, je regardais ce carrefour, mais avec le ventre apaisé, cette fois-ci…
Il m’est difficile d’expliquer ce que je ressentais, car, à tant avoir eu faim et tant avoir eu froid dans ces lieux, j’en ai gardé les stigmates… Il suffit d’un courant d’air, d’une pluie fine et glaciale ou d’un vent inattendu pour que je panique. Je crois toujours que je n’ai pas où dormir, pas à manger… Chaque fois c’est pareil. Il me faut plus d’une demi-heure pour me calmer et me dire que c’est fini, que je n’ai pas de problème, que le temps d’arriver chez moi, je retrouverai la chaleur et le confort.
Oui, samedi après midi, je regardais ce quartier et je prenais la mesure du temps qui passe avec douceur, mais aussi avec une certaine usure dans le cœur, une amertume, et un peu de détachement des choses de la vie.
Et dire qu’à l’époque, j’aurais tout donné pour boire en toute tranquillité un pot dans un de ces bars et mon rêve absolu était d’habiter la rue de Bucy…
Je n’y suis jamais parvenu et pourtant, savoir que je suis exposé rue Mazarine en permanence, à deux pas du marché de Bucy me donne parfois l’impression que tout compte fait, j’y suis un peu installé. Alors, je me suis attaché à cette dernière pensée pour avoir le courage de payer ma consommation, me lever et me diriger vers la galerie en évitant d’être bousculé par une bande de jeunes qui n’avaient ni froid, ni faim et qui ne m’ont pas vu. Saint-Germain est si bourgeois désormais…
J’en entendis un, le portable collé à l’oreille, dire : « Putain, j’m’fais iech… grave. En fait, demain je pars à Honfleur avec ma reum… Grave, j’te dis pas ! Je kiffe pas son mec ».
J’ai souri et ça m’a remonté le moral…
Allez ! j’avais encore quelques belles années de jeunesse devant moi à ne pas me faire chier grave... et à me passionner de tout.





par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Mercredi 22 novembre 2006

J'ai entendu, sur France Inter, qu'il y aurait bientôt sur nos écrans de nouveaux spots publicitaires traitant de la violence des hommes envers les femmes et surtout de la conséquence qu'elle engendre sur les enfants qui en sont témoins. Ces messages sont si choquants, paraît-il, qu'ils seront diffusés après 22 h 30.
On y verra, entre autres, une femme qui après avoir maladroitement cassé une assiette, réveille ainsi la colère de son mari qui la saisit par les cheveux, la fait tomber à terre, et la frappe devant les yeux de leur petit garçon. Puis le père s'en va et là, on voit l'enfant fixer sa mère, hésiter un instant, puis finalement lui balancer un coup de pied dans le ventre.
De toute évidence, un tel spot choquera. C'est le but. Je crains cependant que, même s'il est diffusé à une heure tardive, rien n'empêchera certains enfants de le découvrir et le regarder.


Quand on sait à quel point les images véhiculées par la télévision opèrent sur l'inconscient des très jeunes, on peut avancer l'hypothèse qu'ils pourront sans scrupule s'approprier cet acte barbare alors même qu'ils n'y pensaient pas et le reproduire peut- être sur leur propre mère.
Il faut se souvenir de ce premier bus enflammé (un événement monté en épingle aux infos, et l'on peut le comprendre) et des tristes répliques qui s'en suivirent jusqu'au crime commis sur cette malheureuse jeune fille, victime innocente.
Cette sinistre loi des séries n'avait rien à voir avec le hasard.
On a tort, je pense de vouloir tout résoudre par l'image. Tout n'est pas du cinéma. Tout n'est pas de la pub.
La médiocrité de certains comportements ne peut se résoudre que par la pédagogie et c'est bien du ressort de l'école de la République d'apporter une certaine égalité des chances qui éviterait bien des misères intellectuelles. L'éducation, encore l'éducation, toujours l'éducation.
par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Samedi 18 novembre 2006

Je suis tombé (comme on dit) sur un article où il était question d’extra-terrestres. Tous les clichés étaient réunis dans ce marronnier.
Bien évidemment, il était question des risques que nous encourions, si brusquement ils décidaient de visiter la terre !
Avant de conclure, l’article (dont je zappe la pauvreté globale) en est arrivé à l’incontournable description physique de ces aliens qui, une fois de plus, étaient décrits comme des êtres monstrueux ; des étrangers somme toute !… Comment pouvait-il en être autrement ?
Et s’ils étaient tout simplement beaux ?
Après tout, il y a toutes les chances qu’ils le soient puisqu’ils ne sont pas encore contaminés par les hamburgers et autres saloperies qui engraissent notre planète toute entière sans parler de ce cher Caca-Coulant gazeux.
Ah !… Heureux extra-terrestres (peut-être verts), vous qui n’avez pas encore visité notre planète de moins en moins bleue, je ne suis pas certain qu’à votre contact, nous risquions quelque chose, par contre vous, au nôtre, c’est certain…

par Michelgiliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 5 novembre 2006
Au lendemain de notre soirée d’hier me viennent quelques réflexions…

L’occident vit dans ses secrets, à l'image d'une famille qui préserverait ses enfants et ses petits-enfants de tout ce qui, par le passé, l'a fait basculer dans l’impardonnable.
Ainsi se perpétuent les mensonges qui confortent la morale et font croire à la virginité de tous les abus.
Brûlante ou non, notre mémoire ainsi réhabilitée nous assoit dans l’idée que nous sommes un bon peuple. J’aime à le penser moi aussi, c’est plus reposant.
Pourtant, certains soirs de tourmente, je reçois la conscience collective en pleine gueule et j’ai du mal à vivre l’hypocrisie derrière laquelle nous nous protégeons.
Le verbe de l’occident tente de nous faire oublier le barbarisme et l’esclavagisme par un discours poli et un « mea-culpa » théâtral des responsables de l’état en fonction des aléas sociaux. Hélas ! tout se perpétue. La négation des hommes est toujours d’actualité. Les conditions de vie, malgré les apparats, sont une tragédie organisée.
Il n’existe aucune réelle conscience politique, aucune ardeur à combattre les inégalités.
Le pouvoir n’encense que la performance… le reste n’est pas considéré sauf en terme « compassionnel ».
Il n’y a aucune proposition de rénovation sociale et cette brèche ouvre la voie aux arguments les plus simplistes. Nous sommes même dépossédés des simples bonheurs dont on pouvait, hier encore, adoucir notre quotidien. Tout a basculé dans une orgie, une surenchère de la seule possession matérielle à grand renfort de slogans sur la croissance.
Il n’y a plus un seul discours sans une armada de chiffre qui nous fait sombrer dans l’imposture.
Alors que lorsqu'on n’avait rien, nous avions tout !
Dans un système qui est parvenu à nous rendre si dépendant de l’inutile, il nous est insupportable de ne pas tout avoir. Dès lors se réveille le mysticisme qui sommeille en nous depuis l’aube des temps. Plutôt croire en tout que ne rien posséder. Dès lors, les guerres saintes ne sont plus très loin.

De toutes les choses mystiques dont la science parvenait à nous éloigner pour le plus grand bien de l’humanité, l’obscurantisme affiché du libéralisme qui bafoue notre condition d’homme nous pousse malheureusement à nous les réapproprier.
Dès lors pour certains d’entre nous, le discours religieux qui accrédite le mythe de l’espèce supérieure parvient à transformer l’idéalisme en fanatisme et nous rentrons de plain-pied dans une histoire funeste qui nous prive de notre Terre mère.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » comme dit Rabelais.

À propos de Rabelais…, hier soir on a bien bu et on a bien mangé, Vain Dieu !
Agnès et Marie-France avaient préparé les desserts, Jean-Charles, le hors-d’œuvre, moi, le plat principal, Robert et Remy… qu’est-ce qui z’ ont fait ?… ben rien… y z’ ont causé et y z’ ont beaucoup mangé… surtout Raoul ;-)


par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Samedi 28 octobre 2006

Dans la palmeraie de Tozeur, le jardinier m'offre des fleurs qu'il vient de cueilir © Giliberti - 2006


La nuit prochaine, nous retrouverons les horaires d'hiver.
Les télés et les radios nous le martèlent déjà depuis ce matin.
Impossible d'y échapper !
D'une certaine façon, il faut se préparer à une hibernation aménagée et souvent douillette, mais une hibernation quand même.
Moi, je préfère l'heure d'été, parce qu'il y est dit que c'est l'été et quand c'est l'été, les nuits s'agrandissent et avec elles, mes yeux.
J'aime les mois de chaleur, ils prennent mon corps en main et m'ouvrent les portes de l'exil.
Il me donnent l'envie de me perdre dans ces pays qui sont en été toute l'année.
Il y a quelques années, je suis resté à la Réunion quelque temps avec mon ami. C'était assez fantastique. Je me souviens des longues promenades dans la nuit sur le sable tiède de la plage. Au son des djembés que des jeunes gens faisaient résonner, des familles étaient réunies pour faire griller des poissons multicolores autour de grands brasiers et le lourd parfum des fleurs des arbustes côtiers était si fort que j'avais une idée de ce qu'on peut attendre du bonheur sur Terre, même si le mien est en Tunisie, à l'ombre verte des palmeraies de Nefta ou de Tozeur.
Alors, comme chaque année, je vais retarder d'une heure les aiguilles de mon réveil et attendre tout un hiver qu'on m'annonce à la télé et à la radio qu'il faut maintenant les avancer d'une heure... Triste manège sans musique qui tourne dans le grand vide de mon cerveau qui ne capte plus grand-chose depuis quelque temps. Depuis que je me prends à rêver qu'il existe des ailleurs chimériques où le temps n'a pas le même sens qu'ici et qu'au lieu de m'emporter directement à la fin du parcours institué, il m'emmène par des détours initiatiques, où la vie n'est certainement pas cette grande horloge imposée, rythmée par les tics et les tocs du travail, de la possession, de la rentabilité.
À l'heure où la science révèle la moindre de nos traces génétiques, on nous oblige à gommer la principale, la seule trace atavique qui vaille la peine, celle qui consiste à jouir de la vie.

Percée dans la palmeraie de Tozeur © Giliberti - 2006

par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Dimanche 15 octobre 2006
Dernièrement à la télé, en zappant, j’ai pu assister à la fin d’une émission où face à Madame Gisèle Halimi,  avocate, auteure et défenseur des libertés et des droits de la femme, Virginie Despentes, la « sulfureuse » romancière a fait pâle figure.
Ses expressions provocatrices retombaient la plupart du temps comme un soufflé devant les mots précis et dénués de ressentiments de Madame Gisèle Halimi qui a, avec d’autres femmes pionnières, permis par ses actes militants que cette « nouvelle romancière » parle aujourd’hui en toute liberté des choses du cul et fasse ce qu’elle veut du sien.
Il était navrant de voir avec quel mépris, Virginie Despentes rétorquait de sa voix blanche des insanités bien inutiles à l’égard de cette femme brillante.
Affligeant !
par Michel Giliberti publié dans : Réflexion
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Vendredi 6 octobre 2006
Dans ma voiture, j’ai entendu Pascal Bruckner nous parler de son nouveau livre « La tyrannie de la pénitence ».
Je n’ai pas encore lu le livre et je me base uniquement sur ce que l’auteur en a dit. Il le présente comme un essai, une réflexion sur le masochisme en occident.
L’auteur parle de la France, de sa culpabilité permanente liée à son passé colonial et de sa difficulté à gérer l’immigration. Il affirme que ce masochisme français, cette pénitence, serait presque devenu la « spécialité » de notre pays. D’après Pascal Bruckner, il suffirait de reconnaître ses torts pour enfin tourner la page, comme pour respirer un grand coup avant un nouvel effort.
Il y a quelque chose de vrai là-dedans, et même de rassurant, puisqu’il semble qu’il soit dans notre nature de « progresser » ! mais n’y a-t-il pas aussi comme un fond de réponse simpliste qui conforte chacun dans une banalité objective, un peu comme les phrases d’un médecin peuvent banaliser les symptômes d’une grave maladie.
C’est vrai que les enfants de France n’ont rien à voir avec ceux qui jadis entreprirent de coloniser l’Afrique. Il serait stupide qu’ils en portent le poids toute leur vie. Pour autant, ceux-là même profiteraient de ces colonies sans état d’âme si elles étaient encore les nôtres. Ils perpétueraient ainsi en toute « banalité » le mal colonial qui a déstabilisé tous les peuples qui l’ont vécu, qui ont subi le joug de l’oppresseur, de celui qui tendait à faire croire qu’il détenait la bonne science, la bonne culture et la bonne pensée… chrétienne !
Il est impossible de tirer un trait sur le passé aussi simplement, sinon il n’y a plus mémoire de rien. C’est aussi monstrueux que de vouloir détruire toutes nos bibliothèques.
Sans repère historique et sans référence qu’elle peut être notre chemin ?
Vers quel chaos nous orienterions-on ?
Tirer un trait sur le passé, c’est aussi farfelu que le principe de confession chez les catholiques. Il permet aux fidèles de retrouver la pureté de « l’âme » sans même s’interroger sur les raisons et les conséquences de leurs actes. On peut ainsi tuer et se confesser, re-tuer et se re-confesser, re-re-tuer et se re-re-confesser, etc. Tous les religieux de l’histoire ont d’ailleurs utilisé cette méthode, ou d’autres équivalentes, pour massacrer à tour de bras !
Une sorte de régime alimentaire de la mauvaise conscience !
Que penser d’un état, ou d’un peuple, qui mange du crime et qui l’élimine pour se refaire une bonne et belle santé jusqu’au prochain excès ?
Lorsque dans la foulée, Pascal Bruckner parle des rappeurs et cite la violence extrême de certains textes qui vilipendent les forces de l’ordre, les banlieues sinistres et nos « faces de craie » on peut être, à l’évidence, choqué. Là encore, pourtant, nous récoltons ce que nous avons semé et que certains perpétuent dans le seul but de maintenir un ordre établi qui leur profite.
La France, et les autres pays colonisateurs, n’a-t-elle pas suffisamment raillé la peau des Africains, jusqu’à s’en servir dans des publicités de mauvais goût qui ne choquaient personne ! Notre cher Brassens avec toute sa poésie a raillé la police ( qui à l’époque était moins robotisée ) durant toute sa carrière et on l'applaudissait… Alors que maintenant elle fait peur même aux « gens honnêtes » et qu’elle s’autorise à tutoyer n’importe quel jeune en le plaçant d’office dans une situation d’infériorité.
Nous vivons peut-être une époque où la violence, la difficulté de vivre, le chômage et la marginalisation conduisent à des débordements. Ils se traduisent avec le vocabulaire d’aujourd’hui et dans le contexte d’une société affaiblie par l’absence de liens.
La véritable discrimination est sociale ( le racisme est un avatar de cette discrimination générale ). C’est bien pour favoriser l’ascension sociale de ceux qui détiennent encore le pouvoir ( fils de nos anciens monarques ) que nos « bons immigrés » d’aujourd’hui, comme nos « bons serfs » d’hier ou nos « bons esclaves » ont longtemps été considérés et sont encore considérés comme du bétail.
Le plus fort est d’entendre dire : « il y a des mosquées sur la Terre de France et il n’y a pas d’église en Arabie Saoudite !  » (Sic Christine Bravo dans l'émission TV– On a tout essayé –)
Tout observateur pourvu d’une « cervelle », peut constater qu’il y a bien peu de chrétiens en Arabie Saoudite !
Nous autres occidentaux n’avons pas eu le « privilège » de nous expatrier pour fuir la dictature, la guerre ou la famine.
Le repère bien simple de la religion, – je dois le dire pour moi qui suis profondément athée – constitue avec la culture, la langue et la tradition le terreau dans lequel se retrouvent tous les expatriés.
Je suis fils d’une colonisation que j’exècre.
La Tunisie est ma terre natale ; j’y retourne régulièrement. Je suis toujours étonné de l’accueil qui m’y est fait et de la gentillesse de son peuple par rapport au regard sombre que l’Occident porte souvent sur « l’étranger ».
Je m’interroge alors sur les liens affectifs qui devraient nous rassembler dès lors que les injustices sociales, les guerres, les exactions, les atteintes aux droits de l'hommme seraient prises en compte, et pas seulement avouées, pour passer à autre chose.
par M. Giliberti publié dans : Réflexion
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