Par Michel giliberti
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Publié dans : Michel Giliberti
Mercredi 20 juin 2007
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08:05
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Samir voulait fuir les bleus de son enfance et rejoindre les gris d’un ailleurs
improbable.
Les chambres blanches et les lits chamarrés ne lui disaient plus rien.
Les fonds de cour embaumés de l’odeur du jasmin l’indifféraient.
Même les parties de football sur le sable blanc des plages ne parvenaient plus à le distraire et les promenades en soirée sur la corniche grouillante de monde de La Marsa, la
cuisine de sa mère, les citronnades, les glaces de Salem, tout cela n’avait plus grâce à ses yeux.
Le matin, perché sur les hauteurs de Sidi Bou
Saïd, devant le bleu intense de la baie et tandis qu'on mangeait notre beignet quotidien, je tentais comme je le pouvais de tempérer ses ardeurs, mais en vain.
Le soir, au café des nattes, devant un thé à la menthe remplie de pignons de pin, il voulait encore m'entendre
parler de Paris… Paris qui raisonnait dans sa tête.
Il n’était jamais assez repu de mes descriptions que je noircissais pourtant un peu, afin de lui rappeler que vivre dans son pays reste un bonheur irremplaçable.
Je lui disais qu’en France, il devrait s’attendre à vivre seul longtemps ; c’est ce que l’on y apprenait le mieux.
Je lui disais que les regards qu’il rencontrerait ne seraient pas forcément amicaux, pas forcément de connivence.
Je lui disais que les clartés qu’il espérait ne seraient pas forcément au rendez-vous et que la beauté de la vie qu’il sublimait serait souvent une beauté vénéneuse.
Mais non, Paris restait l’écrin de tous ses fantasmes et comme il n’avait plus de parents et qu’il vivait chez sa sœur dont il n’appréciait pas le mari, partir devenait évident.
Un été, je suis revenu devant la maison éclaboussée du beau bougainvillier rouge.
Il n’était plus là.
La porte bleue était fermée.
Certains de ses amis, plus
tard, m'apprirent que sa soeur avait déménagé et que, finalement, il était parti en Italie, mais personne n’en
était certain. Personne ne l’avait revu. Sa sœur que je rencontrai quelques jours après, me laissa entendre qu’aux dernières nouvelles il était peut-être éboueur à Milan…
Lui, qui sur le petit marché couvert de la Goulette, plein de cris et de parfums, ce petit marché à deux pas de la mer, vendait ses fruits et légumes avec un beau courage et des sourires
permanents ...
Lui, qui criait de sa belle voix les prix à la volée et faisait des clins d'œil à ceux où à celles qui lui plaisaient...
Lui, qui était un petit roi derrière ses monticules de fruits multicolores mais pas assez à ses yeux abreuvés des images de l’Europe… du rêve européen.
Lui, Samir était sans doute devenu éboueur.
Alors, un peu triste et le vague à l’âme, je suis allé tout seul au café des nattes où je rencontrai Tarek, un jeune jardinier de mes connaissances
et tandis que je me perdais dans son regard aussi sombre que celui de Samir, il me dit qu’il voulait partir…
Oui,Tarek, comme Samir, comme Mohamed, comme Adnen, voulait fuir les bleus de son enfance et
rejoindre le gris d’un ailleurs improbable…
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Tunisie
Lundi 18 juin 2007
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19:10
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Comme les chevaux traversent les étangs de Camargue et nous émerveillent de leur grâce, comme les vagues roulent sur les rivages et
nous rappellent l’éternité, il est des peuples dont la seule couleur de peau réveille en nous une attirance immédiate ; des peuples d’un pays qui nous oblige et nous séduit :
l’Afrique.
L’Afrique, notre mère ancestrale qui nous tend les bras depuis toujours et à qui depuis toujours nous fermons les nôtres en faisant
croire qu’on les lui ouvre. Peut-être est-ce là, la preuve qu’elle est bien notre mère à tous, car tous, nous échappons à l’influence maternelle, même si nous continuons de subir son
magnétisme.
Le noir satin des êtres qui vivent sur ces terres rouges, ce noir satin qui enveloppe nos contacts fantômes devrait polir nos
intentions, les rendre douces comme lui. Je sais, qu’il est difficile de parler du peuple noir, car aussitôt une marée de clichés vient engloutir les idées premières, les idées innocentes et
spontanées qui voudraient simplement crier qu’on l’aime. C’est pour cela que j’évite toujours de m’étendre sur le sujet. Je me prive souvent de dire comme j’ai en estime ces hommes et ces femmes,
comme j’aime passer mon temps à les écouter, eux qui réinventent le sens des choses dès qu’ils se sentent écoutés, eux, qui savent avec sagesse perdre du temps à nous faire comprendre que nous
perdons bêtement le nôtre.
Hélas, on les regarde
davantage. Leurs discours restent secondaires, distraits que nous sommes à recevoir la flamme de leurs yeux qui nous incendie.
Moi-même en installant ces photos, je joue ce jeu un peu facile qui tente d’expliquer la force qui se dégage d’eux, en exhibant la
simple beauté de leur visage sculptural et celle de leur corps, ce qui est réducteur et certainement pas la plus noble façon de balayer l’opacité des discours et réveiller les
consciences.
Fragile et facile travail…
Mais je ne suis qu’un œil… et un œil d’artiste ; autant dire le moins important pour changer les choses de ce monde, car les artistes,
s’ils témoignent parfois de leur temps, fluctuent dans l’opinion au gré des modes et des pouvoirs.
Voilà… je voulais montrer ce bleu de nuit, cet obscur sentiment des peaux, ces rythmes latents au creux des reins, ces danses dans la nuit, ces cicatrices aussi…
Cette beauté-là, comme un sublime hiatus dans notre société liftée, lisse et botoxée…
Par Michel giliberti
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Publié dans : Réflexion
Samedi 16 juin 2007
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21:48
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Un tableau pour ceux qui vivent au gré du flux et du reflux du sang de ceux qu’ils aiment.
Un tableau pour ceux qui vivent avec un être malade, un être séropositif.
Cette navigation dangereuse donne à connaître les plus belles des escales, les plus enivrantes des destinations d’amour.
La prudence ne doit pas faire oublier l’amour. Tant d’hommes et de femmes meurent dans la solitude et dans la surdité de ceux qui les côtoyaient autrefois.
Un tableau pour dire avec des corps étroitement liés dans un mouvement de balancier que tour à tour c'est l’un qui porte l’autre et qu’il n’est pas de meilleures conditions d’apaisement et d'équilibre.
Le danger ferme souvent les portes du courage alors qu’il peut l’apprivoiser.
Il ne faut pas s’user aux cauchemars de ceux qui ont peur, mais vivre les rêves de ceux qui ne craignent rien et transcendent les fléaux…
Vivre l’amour avec l'angoisse de perdre l’autre donne des sueurs froides, mais c’est toujours vivre l’amour.
Tous les chemins sont parsemés du sombre chant des lâches, c’est bien à nous d’en trouver la sortie dans le silence lumineux des grands.
Un autre tableau sur ce thème, un tableau avec tous les symboles attachés à la séropositivité ; « sang », « amour » et le masque dont chaque oeil a la forme du virus, les longues baguettes qui créent un chapeau aux extrémités recouvertes d'un préservatif. Le tout est rattaché au personnage qui ploie, prisonnier de la maladie, un personnage dont la peau porte les marques d'un commencement de dégradations.
J'ai peint ce tableau à une époque où tout autour de moi mourraient des amis. J'en étais bouleversé, désespéré, parfois anéanti.
L'amour donnait pour la première fois des culpabilités insupportables.
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Poésie et société
Jeudi 14 juin 2007
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17:38
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Quand vous arrivez à Tunis en voiture depuis Sidi Bou Saïd, après avoir longé le lac de Tunis à partir de La Goulette, l’avenue qui vous accueille est bordée de part et d’autre des
échoppes de fleuristes. Si vous prenez le temps de flâner sur ses trottoirs embaumés qui ouvrent sur la capitale, vous
pouvez facilement bavarder avec les vendeurs qui vous
abordent avec des mots tout autant fleuris que leurs boutiques. Certains ont des sourires désarmants ou simplement espiègles,
mais quel que soit le sens que vous leur prêtez… ils sourient et c’est déjà la moitié du chemin pour apprécier la ville. Ces sourires sont les premiers de ceux qui émailleront votre séjour et
vous donneront l'envie de traîner longtemps... longtemps.
Le sourire d'un des fleuristes de Tunis...
Et le bouquet d'un jardinier de Tozeur.
Par Michel Giliberti---
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Publié dans : Tunisie
Mercredi 13 juin 2007
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11:59
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Une piste dans l'errance... des croquis pour me souvenir que la lumière côtoie souvent l’ombre ; que les chroniques des jours heureux sont souvent des chroniques du passé et qu’il faut encore me nourrir des rêves d’antan pour mieux construire ceux de demain, vacillants et fragiles, mais bien là.
L’usure du temps peut sublimer les objets, rarement les êtres ; je veux croire pourtant que la patine peut satiner les temps à venir.
Ces visages qui ornent les murs de mon atelier sont tous enfouis au fond de ma mémoire. J’ai mal à croire qu’un jour, assis à même le sol, tout contre un mur, je les ai faits dans la lumière tunisienne ; je les ai faits, tout enveloppé du grésillement des rares insectes osant braver la chaleur et de Moez râlant contre l’immobilisme que je lui imposais.
J’ai souvent lu que les peintres recherchaient les couleurs du Sud, des couleurs qui vibrent sous le soleil.
Je sais aujourd’hui que c’est vrai.
Ce matin, le brouillard enveloppait la maison et je n’avais aucune envie de me tenir devant mon chevalet. Maintenant il a fait place à un soleil généreux et je vais revenir sur ma toile. C’est enfin possible.
J’aimerais me lever chaque matin dans la lumière d’un jour radieux.
J’aimerais me lever chaque matin entouré des particules qui s’éparpillent dans les rayons du soleil comme des poussières stellaires.
J’aimerais me réveiller près de Jean-Charles et préparer notre petit déjeuner avec paresse avant de l’installer sur la faïence tiède d'une table abandonnée sur la terrasse, face à la mer.
J’aimerais… et quand j’aime, tout se réalise.
J’attends donc avec patience cette occupation du Soleil sur notre peau qui s’y prêtera sans résistance...
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Michel Giliberti
Mardi 12 juin 2007
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22:00
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Me voici de retour dans un des coins favoris de mon souk… en Normandie, où je calme mes blessures.
De mon étroit périple dans le sud, à déjeuner sur le pouce et à me rendre au plus vite au chevet de ma mère, il me reste l’étrange fusion de nos regards, de nos mots, de nos silences.
San Salvadour, le lieu où elle tente de recouvrer la santé est un endroit sublime et calme au bord de la mer ; les cigales sont les seules à se permettre de chanter. La végétation y est luxuriante, l’odeur des résineux, enivrante.
Le courage de ma mère est extraordinaire, mais elle veut en finir dans le fond. Elle n’accepte pas la diminution.
Ma sœur prendra le relais jusqu’à ce que je revienne à son chevet.
Quand je suis parti hier, elle m’a dit en plaçant ses mains autour de mon visage : « n’oublie pas, Trésor, tu es l’idole de maman ».
J’étais très ému et bien après mes sourires confiants de circonstance, mes larmes ont pu couler sur le chemin de retour, quand bringuebalé dans le car de 18 h 30 comme tous les jours, des jeunes gens déjà bronzés riaient aux éclats, écoutaient leur MP3 et commençaient leur vie… Étrange périple en terre de contraste.
Dès que j'ai récupéré, je reviens, c'est promis...
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Michel Giliberti
Lundi 11 juin 2007
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