Franck, mon modèle, venait de perdre Tania, sa jeune amie de vingt ans, emportée en trois mois par un cancer.
Il était désespéré et venait souvent à la maison me parler d’elle et tenter d’exorciser son chagrin.
Je me souviens que nous écoutions Wasis Diop à longueur d’après-midi.
Je le regardais me parler de la mort, du suicide.
Il pleurait dans mes bras.
Dans ces moments-là, nous étions très proches.
Éprouvé par sa douleur et en souvenir de ces longs après-midi, je le peignis un peu plus tard en projetant son suicide qui fort heureusement n’eut pas lieu.
Je voulais que Franck soit sans fards, seul, nu, avec son suicide au bout des doigts et une lettre d’adieu qui affirmait qu’il n’était pas si grave de quitter ce monde dès lors qu’on le désirait.
Ce n’est pas si dur,
Juste un royaume qu'on déserte...
Les bouffons demeurent,
Armés de vie
Devant vos bouches vides
Et vos paupières d’encre.
Ils sauront vite
Vous faire m’oublier.
© Giliberti (texte de la lettre sur le tableau)
Demain, je pars quelques jours dans le sud retrouver ma vieille mère qui se languit de moi.
Avant le voyage, je laisse une peinture de Mohamed au fond de sa cour à Salammbô ; avec lui, les traces habituelles de mon inquiétude face à un monde de plus en plus difficile.
Bientôt je mettrai en ligne mon site qui est presque terminé.
J’espère qu’il sera réussi.
Je voudrais aussi (beaucoup de mes amis me le demandent) expliquer ma technique, tenter même de poster tous les deux jours une photo d’un tableau en chantier pour montrer sa progression. Ou plus simplement, les images de l’élaboration d’un tableau étape par étape sous forme d’une animation.
Je vais réfléchir à tout ça pour que ce ne soit pas pesant et plutôt ludique et en même temps didactique.
@ bientôt,
Michel.
Le monde est-il ce doux rivage
Ou bien ce lac où rien ne vit ?
Pouvons-nous dire que l’homme rit
Ou bien qu’un doigt pointe sur lui ?
Le monde est-il ce dieu bien sage
Ou cet enfant qui meurt ici ?
Peux-tu me dire toi qui souris
Si les aveugles oublient la nuit ?
Le monde est-il ce paysage
Ou ce mendiant qui nous supplie ?
Peut-on combattre ce délit
Ou accepter la main qui crie ?
Le monde est-il cette belle image
Ou bien ces guerres et ces tueries ?
Les ramasseurs d’oiseaux sans vie
Flattent leur chien d’un air ravi.Le monde a-t-il autant de ragePour envoyer l’homme qui ritD’un pieux Massoud dans son paysEt par la poudre prendre sa vie ?Le monde est-il ce grand partageAutoritaire dans ses conflitsSi démoniaque sous l’humble habit En face à face qui nous détruit ?Je ne sais rien… Je me contente…De tes yeux tristes, qui s’attablentAu festin mort de mes idéesQui se lamentent depuis nocturneJusqu’à l’aurore mauve et frileuseEt puis s’en vont sur les terrassesPerdre le nord face au plein sud.
© Giliberti In "voyage secret IV"
Hier soir, j’ai regardé « Entretien avec un vampire », le film de Neil Jordan, avec Brad Pitt et Tom Cruise.
Je l’avais déjà vu deux fois, mais s’il devait repasser, je le regarderais encore.
À sa sortie, ce film m’avait ébloui par sa mise en scène, la magnificence de ses couleurs, son côté baroque, voire gothique, son humour aussi, et bien sûr, la beauté des deux vampires terriblement humains et empêtrés dans l’ambiguïté de leurs sentiments.
Finis les clichés, les crocs démesurés, le château au sommet d’une montagne, les gousses d'ail, les crucifix et les pieux dans le coeur. Dans ce film, tout scintille comme l’or près des flammes d’une cheminée. Tout est chatoyant, moiré, recherché, secret, du moindre verre de cristal empli d’un sang poisseux, jusqu’aux soieries et la peau diaphane des deux héros que de fins vaisseaux bleutés traversent.
Ce qui m’a toujours séduit dans cette fable tirée du roman d’Anne Rice, c’est qu’elle aborde la difficulté d’être vampire, la condition de leur survie dans ce qui est pourtant l’immortalité. Chacun de ces deux monstres garde au fond de lui, les vieux fantômes de ce qu’il était autrefois, avant qu’il franchisse le pas vers une éternité chaotique.
Alors, j’ai eu envie de peindre des vampires et c’est ainsi que naquirent quatre tableaux et les quelques textes un peu échevelés qu’ils m’inspirèrent.

Je rêve du sang, dont la robe digne des crus les plus grands et les plus sombres fardera mes lèvres si pâles.
Je rêve du sang qui dans mes nuits damnées, me fera chavirer au creux des soies rares et des grenats paresseux.
Et si dans ma grande soif, j’oublie certains autres sangs qui mettraient fin à mon éternité, je les boirai quand même à l'aube d'une nuit, car tous affluent aux battements mauves et précipités des gorges tièdes et désirées.
© Giliberti

As-tu reconnu la peur
Quand mes lèvres sèches
Ont embrasé ton cou ?
As-tu senti ma morsure
Qui délivrait ta veine
Pour étancher ma soif ?
Réponds sans hésiter.
N’appréciais-tu pas plutôt,
Le souffle froid au fond de ta gorge
Et l’éternité qu’il t’apportait ?
©Giliberti
À l’usure de mes sens
J’ai l’envie d’un aveu
Que j’avoue peu enviable
Mais j’ai faim de ton sang
Quand enfin je te sens.
© Giliberti
Que ton sang est beau !
Que l’éternité le ceint !
J’ai place dans tes veines
Comme je perce ta peau.
Mourir ne te fera pas d’ombre.
Tu régneras,
Diaphane et fatigué
Dans le gris mauve
De mes aurores.
© Giliberti
Dimanche 10 décembre 2006

Pas de désir d'alcool
Au fond de ton alcôve Quand, d'errance en dérives, Tu décolles et me rives À ton rôle et tes râles Dans tes nuits de plein jour. Pas de désir d'alcool Quand, tes yeux de soie noire Sans dévier se déversent Dans les miens et devinent Qu'ils me saoulent en silence
D'une ivresse sans vertige.
© Giliberti
Tresac / Castré.
Si dans la nuit je trinque Aux douleurs ineffables
Aux fléaux et aux fuites,
C'est mon ennui qui boit
Qui boite et qui me nuit
De dépits en dépens.
Si dans la nuit je trinque
À la tragique alliance
De mes peurs et mes cris,
C'est sans doute un répit
Aux cent doutes qui m'épient
Et ravinent mes sens.
© Giliberti
Le Ministère tunisien de la culture a fait l'acquisition de cette toile pour le futur Musée d'Art Moderne de Tunis.
Inutile de vous décrire mon bonheur...
La peau tendue de l'instrument
Souffrait d'être battue par ses doigts fins
Ma peau tendue à contretemps
Souffrait de solitude entre les miens.
Giliberti © 2006
Mercredi 15 novembre 2006
Seize heures à TunisLa médina somnolait sous juilletMehdi fumait en silence,Moi je méditais...Mehdi me dit "j'aimerais connaître Paris !"Je lui dis "j'aimerais connaître Mehdi !"Un marchand de pétales de rose passa...Rose de Damas,Paris d'ailleursTunis de ces heures.
In bleus d'attente © Giliberti
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