Puisque le bleu a eu le bonheur de plaire et que demain je pars à Toulon pour les raisons déjà évoquées, j'ai mis quelques nouveaux bleus à couver pour qu’à mon retour, éclosent d’autres belles choses à partager...
@ bientôt,
Michel
par Michel Giliberti---
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Réflexion
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Tout me séduit, tout m’étonne, tout me passionne.
Je suis curieux des gens et des choses. Ils ont sur moi un pouvoir délicieux, un pouvoir toujours renouvelé.Parfois, mon goût des autres est comblé comme ce matin-là, à Sidi Bou Saïd, où un ouvrier repeignait la façade de la maison d’en
face.
Par hasard, en me penchant à la fenêtre, je l’avais vu, du fond de la rue, arriver chez ma voisine, avec l’air de se promener. Il m’avait salué avec un grand et beau sourire puis quelques
instants plus tard s’était assis sur le bord du trottoir pour boire avec lenteur ( comme seul un Tunisien sait le faire ) le café que lui avait offert la maîtresse de maison et, après avoir
grillé une cigarette, il s’était mis au travail.
Calme et serein, il fredonnait de temps en temps une chanson d’Oum
Kalsoum.
Longtemps je me suis rassasié de cette image répétitive du rouleau qui montait et descendait
le long du mur avec indolence, puis je n’ai pas résisté à voler ces deux photos. Je n’en ai pas pris davantage, par pudeur. Je voulais juste saisir la grâce de cet
instant.
Il y avait juste son chant, juste le bruit sourd des insectes dans la tiédeur du matin, juste
l’odeur épicée de la Tunisie qui se réveille et l’étonnante lumière qui se reflète sur les murs des maisons et au creux de chaque fleur des grappes de
bougainvilliers.
Encore quelques minutes à l’observer derrière mes persiennes entrouvertes et je suis parti
acheter ma brioche au sucre chez Charchouf et j'ai pris un capucin à la terrasse du Marsaoui.
par Michel giliberti
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Tunisie
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Les bleus sont impatients. Ils forcent l’éveil de vos sens.
Dès le petit matin, ils vous attendent avec la mer qui s’attache à vos yeux, la mer brillante comme un saphir démesuré.
Alors, trahir son sommeil pour rencontrer un tel minéral, une telle transparence est un jeu d’enfant.
On s’y plonge, on s’en repaît… Moi, je m’en saoule.

Et puis vers midi, la peau brûlante et les yeux rougis du sel liquide, vous revenez affamé, vous revenez assoiffé jusqu’à la maison qui patiente derrière les bougainvilliers.
La blancheur de ses murs vous rappelle que le Soleil, le vôtre, le seul, celui qui fait battre plus vite votre cœur, est à l’intérieur, à l’abri… C’est là qu’il paresse, c’est là qu’il somnole
dans les draps marine en attendant votre retour. Il n’aime pas la chaleur, lui. Il la connaît tant.
Vous pénétrez la salle fraîche et obscure et vous allez jusqu’à lui. Vous agitez sous ses
narines un brin de jasmin que vous avez cueilli à la porte voisine. Il ouvre les yeux, des yeux endormis, mais des yeux aussi noirs que le ciel est bleu.

Vous, vous ne savez quoi faire, vous ne savez quoi dire, à tant le regarder…
Lui il s’en moque, il a faim et se lève. C’est l’heure du repas, l’heure d’avant la sieste. Dehors, sur la terrasse, la faïence des assiettes et l’azur des verres vous attendent à même le sol,
au milieu de fleurs coupées qui fanent au soleil.
On entend les cigales et, dans le ciel, les hirondelles font des taches mouvantes.

Vous le regardez à contre-jour allumer une cigarette. Vous le devinez beau.
Il le sait et ça lui plait.
Ça le fait même rire.
Et pour vous le prouver, il se tourne vers vous, dans la lumière et vous inonde de son sourire.
Vous, dans votre tête, vous ne savez toujours pas si tout va bien, vous n’avez jamais su… mais votre corps, lui, le ressent si fort.
par Michel giliberti
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Tunisie
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Les jardins sont des extensions de nos névroses… né-vroses... Né…rose.
Né dans les roses. Né… dans les choux.
Si tant de jeunes gens ne s’intéressent plus trop à la nature, c’est peut-être parce qu’ils savent où ils sont nés. Plus de roses, plus de choux. Leur imaginaire s’est fait la malle depuis longtemps, mais c’est une autre histoire abracadabrantesque (j’emploie ce mot en souvenir de notre cher Chirac désormais près des ifs, pour continuer les métaphores buccoliques) .
Pour être plus sérieux, les jardins sont un peu nos récréations et nos créations divines… notre Éden à chaque buisson planté… nous punissons la mauvaise herbe, comme Dieu a puni cette mauvaise graine d’Adam et Ève…
En dehors de ces clichés, reliquats d’une enfance chrétienne, le jardin, c’est avant tout la terre ; la terre qui nous nourrit, la terre qui nous recevra.
Le jardin, c’est la maturité de l’âme et le déclin du corps. Le jardin, c’est un destin mêlé d’enfantements et de fausses couches… Je parle d’accouchement, parce que le jardin est très masculin dans ma tête, alors que la terre est féminine ; il y a là une belle symbolique.
La terre accouche de ce que le jardinier plante en elle.
Ce sont des réflexions extrêmement enfantines, si peu objectives, mais il faut dire que lorsque j’étais petit, moi qui vivais en ville, j’allais presque tous les soirs en compagnie de mon père, rendre visite à mon grand-père qui habitait à quelques kilomètres de Ferryville, en pleine campagne de Tinja, et qui possédait un immense jardin.
Un jardin qui me faisait rêver.
Un jardin, subtil, varié que je pénétrais toujours avec la même émotion…
Un jardin à l’opposé de mon grand-père, homme bourru et taciturne...
Comment pouvait-il faire grandir les citronniers, les orangers, les abricotiers, la vigne ?
Comment pouvait-il faire pousser, les clématites, les tournesols... et les roses ?
Comment pouvait-il faire naître les haricots, les artichauts, les poivrons, les petits pois... et les choux ?
Quoi qu'il en soit, le jardin reste un sentiment toujours en mouvements, toujours présent.

Quand je vais quelque part et que j'en reviens, je retrouve mon jardin comme on retrouve quelqu’un qu’on aime, quelqu'un qui vous attend. Le temps de le traverser pour retrouver la maison, je l’observe mine de rien, j’arrache une mauvaise herbe, je caresse un tronc, je respire une rose… Je me retrouve.
Il ya quatre jours, juste avant que le temps ne se gâte, j’avais pris ces quelques photos…

par Michel giliberti
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Réflexion
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C’est au cours d’un de mes vernissages parisiens en 1998, que j’ai rencontré Hicham Nazzal. Il avait dix-huit ans et demi, un visage très expressif... Immédiatement je lui ai fait part de mon désir de le peindre. Il se donna une semaine de réflexion, puis finalement, accepta. Très vite les séances de pose commencèrent avec Massive Attack en fond sonore et très vite aussi nous sommes devenus des amis.
Il m'inspira cette première toile : "Hicham"
Puis cette autre ,éloignée de sa personalité, mais qui mettait en avant son physique...
J'enchainai avec celle-ci qui faisait partie d'un tryptique pour dénoncer le racisme.
À l’époque, Hicham était déjà un vrai cinéphile et il suivait des cours de théâtre privé. Sa volonté était farouche.
Rien d’étonnant d’être parvenu, si vite, à devenir comédien... Parallèlement à son métier d’acteur, il a été animateur d'émissions à la télévision, en France comme à l’étranger. Il a écrit de nombreux scénarios et d’ailleurs, il est en train de mettre sur pieds celui de mon roman « Bou Kornine ». J’en suis très heureux. Il n’y aura plus qu’à trouver un producteur…

... Hicham est très cultivé, très subtil, brillant même, mais lorsque nous sommes ensemble, il me fait surtout mourir de rire, à toujours raconter des anecdotes croustillantes doublées d'excellentes imitations. Et puis nos origines méditerranéennes sont suffisamment proches pour créer cette entente particulière des gens du sud, cette faculté à nous moquer de nous-mêmes (sans oublier les autres…)
Je ne suis pas l'agent d'Hicham, aussi je ne peux pas vous donner la liste complète de ses films ou des nombreuse dramatiques qu'il a tournées pour la télévision, pas plus que les courts métrages, mais je vous cite ses trois derniers de mémoire.
2006 SCORPION de Julien Séri,
2006 J'AI REVE de Hormoz,
2005 MUNICH de Steven Spielberg,
Vous trouverez toute sa fimographie et ses projets sur son blog.

Hicham et moi, le soir de la signature de mon dernier roman à l'automne dernier, "Blessure animale" aux éditions Bonobo, et dont le tableau "Hicham" a servi la couverture.
Jean-Pierre, un de mes amis m’a téléphoné hier dans l’après-midi. Nous avons parlé de choses et d’autres, de projets littéraires, de théâtre, puis de la Tunisie qu'il aime tout autant que je l'aime. Il se trouve que le matin même, j'avais reçu un coup de fil de Moez( mon modèle tunisien)qui était parvenu à me faire rire avec Sarkozy : « Je suis très content que Sarkozy, c’est le président de la France ! m’avait-il annoncé, maintenant je suis sûr que tu vas t’installer en Tunisie, in ch’Allah ! » Si tout était aussi simple que ça…
Ce matin, je n’avais aucun sujet pour le blog, tout au plus j’envisageais de parler de mon jardin et des jardins en général pour faire un clin d’oeil à Marie-France, une grande amie, qui doit écrire un texte sur les jardins, et qui, du coup, m’avait donné envie d'en faire autant, mais hier, entre Jean-Pierre et Moez, la Tunisie, m’a rattrapé...
... Alors, sans m’étaler davantage, sans reparler des sempiternels refrains qu’évoque mon pays, voici deux photos de Moez ; Moez, habillé une fois encore en homme du désert, lui, toujours en jean et en casquette. Oui, juste un peu de ce bleu qui incendiait son visage, ce jour-là…

... Et puis la porte de l’ancienne maison dont je n’ai plus la jouissance depuis cette année, la maison de Sidi Bou Saïd où j’ai vécu tant de belles choses pendant quatre ans, tant de moments aussi sucrés que les pâtisseries du pays, tant de douces soirées ; où, assis sur les marches de l’entrée, à respirer le jasmin de la petite cour, j’ai tant discuté, ri, joué avec tous les amis du quartier, la petite maison où j’ai écrit Bou Kornine et dans laquelle, quand sa porte s’est refermée pour la dernière fois, mon coeur est resté à l'intérieur...

... Sur le rebord de la baignoire, j'ai laissé quelques-unes de mes perles de verre... quelques gouttes bleues sur la faïence, comme les traces de blessures sans importance... bleues, comme mes bleus à l’âme, bleues comme les portes de Sidi Bou Saïd.
Je suis seul, ce soir. La nuit se pose doucement. Chaque chose perd de ses couleurs pour se fondre dans un gris bienfaisant. Bientôt, j'enflammerai quelques abats-jours.
Je sens une langueur dans chacun de mes gestes, une langueur de l'esprit aussi. Comme souvent, quand rien ne sort de moi, sinon la peur d'un avenir chancelant très vite étouffé, je me réfugie dans mes peintures qui me portent depuis l'enfance.
Je regarde ce que j'ai fait.
J'imagine ce que je ferai... quatre toiles violentes et sanguinaires, cruelles et bouleversantes, quatre toiles guerrières !
Je cherche le modèle, celui qui devra convenir à cette inspiration dont toute la dramaturgie est inscrite dans ma tête depuis quelques semaines déjà.
Aujourd'hui, j'ai besoin de dormir
À deux pas du silence,
Dans l'errance.
Aujourd'hui, j'ai envie de mendier
À deux souffles d'un exil,
Sous tes cils.
Aujourd'hui, j'ai l'urgence de t'avoir
À deux signes de mes gestes
De mes restes.
Aujourd'hui, je veux être confiant
À deux notes de mes craintes,
De tes feintes.
© Giliberti / 2007
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