Samedi 30 juin 2007
Comme trop de blogueurs m’ont embêté hier avec des commentaires incendiaires à cause d’un hacker sans cœur qui se faisait passer pour moi et qui les insultait, je retourne vite là-bas où j’étais petit…
Voilà la façade du cinéma l’Olympia dans lequel j’ai vécu mes douze premières années en Tunisie et dont mon père s’occupait. La fenêtre au-dessus de l’entrée, c’était celle de ma chambre, je pouvais voir les gens faire la queue avant la séance. On ne voit pas les côtés sur la photo, mais c’était très beau et très grand, avec une terrasse immense…



… et puis en 86, le cinéma a brûlé… Voilà tout ce qu’il en reste.
La maison est encore intacte et je peux toujours y pénetrer (c’est un pèlerinage qui dure depuis plusieurs années). Par contre, le cinéma,
derrière, a totalement disparu et à l'emplacement de la salle et des fauteuils, parmis les tôles enchevêtrées, les gravats et la ferraille tordue, un figuier géant et à un olivier s'entrelacent…
J’ai de nombreuses photos des ruines de mon Olympia, mais ça me ferait mal de les placer sur ce blog ; aussi je préfère ce tableau où l’on aperçoit en fond, un peu de ces ruines et au premier plan, Moez en jeune garçon triste dont les larmes bleues symbolisent la mélancolie enfantine, les regrets de mes jeux priviligiés.


Un cinéma
Pas un ciné
Un tout ultime
Sur mon enfance,

Mon Olympia
Bien calciné
Une fin de film
Dernière séquence,

Un cinéma
Enraciné
Avec en prime
Comme une absence

Mon Olympia
Et mon ciné
Mon eau de là
Ma déshérence.

In voyage secret © Bonobo éditions

par Miche Giliberti publié dans : Tunisie
Vendredi 29 juin 2007

De peur de vous lasser avec mes histoires sur la Tunisie, je vous avais promis un bel article sur la Suède… Hélas, je n’ai pas trouvé grand chose à me mettre sous la dent. Sans doute étais-je moins inspiré. Néanmoins je vous prouve mes bonnes intentions avec cette photo gourmande de krisprolls…

par Miche Giliberti publié dans : Réflexion
Mercredi 27 juin 2007

Les bras en croix sur une terre morte
Il a brûlé tous ses atouts
Les bras trop grands pour une simple étreinte
Il a laissé les corps déçus.
Les bras en croix sur la folie des hommes
Il a fermé ses yeux d’enfant
Les bras en croix sur ce qu’il a détruit
Il peut attendre que tout renaisse
Mais amputé de ses grands rêves de fou
Que peut demain l’homme d’aujourd’hui ?

© Giliberti / 2007


par Miche Giliberti publié dans : Poésie
Mercredi 27 juin 2007
Dieu, Diable, et sainte histoire
Ont toujours su bien m’ennuyer
Mais quand aux soirs de grandes attaches
Entre fumées et draps froissés
Entre douleur et faim de nous
Tu m’ensorcelles jusqu’à l’aurore,
Me vient en tête et c’est stupide
L’envie de dire à ton oreille
Tu es mon ange et mon démon

© Giliberti /2007

par Miche Giliberti publié dans : Poésie
Lundi 25 juin 2007


Lorsque mon deuxième roman « Derrière les portes bleues » fut publié en 2001, un de mes tableaux qui représentait Mohamed illustrait la couverture. C’était lui qui, sans que je le veuille, prenait tout le long de l'écriture de ce roman les traits de Tarek, un jeune beur des cités, qui rencontre Jeremy, un chanteur sulfureux dont la carrière s'épuise.


Mohamed est un de mes nombreux amis tunisiens, mais il vit en France depuis déjà quatre ans. C’est la petite cour de sa maison qui inspira bon nombre de mes poèmes où je parlais du jasmin, des figues et de l'ambiance lourde et poisseuse au petit matin quand, à tant s'être livré et tant avoir reçu jusqu'à l'aube dans la chaleur de juillet, on se sent pourtant un étranger là où l’on rêve de faire corps avec tout un peuple. Le plus abouti, mais aussi le plus maladroit de ces poèmes est certainement « Naître timide, n’être rien » que j'ai écris sur le coup de cinq heures du matin en rentrant chez moi dans une sorte vertige.


Il y a à peine cinq ans, chez lui et sous le figuier, nous discutions des heures au fond de sa cour, celle-là même que l’on aperçoit un peu sur ces photos et qui m'a tant inspiré. Il fumait à l'heure du silence quand tout se tait dans les maisons arabes. Le linge sèchait sous le soleil ardent, alors que sa mère préparait un ragoût de petits pois aux artichauts et à l’agneau pour le soir. De temps en temps sa sœur, sombre beauté et future mère, venait s’asseoir avec nous pour se détendre. Voilà… des choses simples. Je lui parlais de mes rêves tunisiens qu’il ne comprenait même pas, puisque les siens étaient français.


Maintenant qu’il vit à Paris, on se téléphone... on se voyait bien plus souvent quand je le retrouvais à Salammbô, à deux pas de Carthage. C’est ainsi. Il travaille et son rythme s’est calqué sur celui des Parisiens.
J’ai souvent peint Mohamed et j’ai gardé trois de ces tableaux. J’ai refusé de les vendre, parce qu’ils me parlaient trop et que parfois, les jours d’ennui, j’ai besoin de conteurs dans la maison.


Je n’étais pas habitué 
Aux partages en fond de cour,
Aux confidences des parfums
À ces murmures sur tes lèvres
Que le rouge d'une cigarette
Faisait pulser comme une alarme.
Il m’était difficile
Que ce soit si facile.
Le vin submergeait mes yeux,
Allumait mon ventre.
Chaque geste était un viol combattu.
Ne pas brusquer ton souffle
Ni même tes élans.
Nous étions à deux doigts de l’étreinte
Quand je t’ai dit « Je dois rentrer. »
Dehors, un garçon chantait,
Invisible dans les ruelles.
Je pris deux fruits à la branche d’un figuier
Et retrouvai mon lit,
La chaleur de mes draps,
La sueur sur ma peau
Sous mes mains affolées,
La poisse des figues sous le ciel étoilé.
Naître timide
N’être rien.

in Voyage secret Tunisie © Bonobo éditions


Derrière les portes bleues H&O éditions

par Michel Giliberti publié dans : Michel Giliberti
Dimanche 24 juin 2007

Et dans le silence du monde clos, quand nous n’aurons plus rien à nous mettre sous la dent, plus rien pour nous couvrir les os, viendra le temps de nous demander qui nous bouffait du temps de notre vivant… Hommes libres et prisonniers, cavaliers aux grands bruits et va-nu-pieds silencieux, philosophes transportés et verbeux de tous bords, marins à vider et putes à remplir, salopards et grands coeurs, tous… nous aurons été la proie d’autres nous-mêmes, ces autres-là qui goûtaient au festin des vivants, dépouillaient les carcasses des faibles et des rampants, léchaient les pieds cornus des puissants, avalaient leur semence stérile digérée au firmament de nos faiblesses.
Retour à la terre ! enfiévrés et athées, innommables forains.




Cette blessure bleue,
Comme tes yeux qui savent tant me rassurer

Cette blessure noire,
 Comme les miens qui savent mal te regarder.

© Giliberti / 2007


par Miche Giliberti publié dans : Peinture et Poésie
Vendredi 22 juin 2007

"Lumières de l'enfance", ce tableau immense, correspond par le plus grand des hasards à l’univers du film « Makking off » du metteur en scène tunisien Nouri Bouzid. J’y ai peint de jeunes tunisiens dont l’allure pourrait faire croire que ce sont des voyous, mais l'un d'entre eux tient encore le pinceau qui a servi à taguer le mot « amour » sur les murs de la médina ; ce dernier y est peint plusieurs fois, dissimulé en calligraphies différentes.
Si je parle de ce tableau et de ce film que j'ai vu en Tunisie, c’est aussi parce le temps était si exécrable cet après-midi, que j’ai décidé de m’allonger et de regarder une nouvelle fois ce long métrage en DVD.
J’avais déjà parlé de ce film en février dans l’article « Cinéma en Tunisie ».
Je suis un inconditionnel de ce film qui dénonce la façon perverse qu'emploient certains intégristes islamistes pour endoctriner des jeunes et en faire des martyrs de Dieu.
"Making off" est un film réaliste,
intimiste, psychologique et aussi dynamique qu’un film américain.
Lofti Abdelli, l’acteur principal,
est tout simplement remarquable et il a été récompensé par le prix de la meilleure interprétation masculine lors de la session des JCC (Journées Cinématographiques de Carthage). Le film lui-même a reçu le Tanit d'or.
Si vous avez l’occasion de vous le procurer, n’hésitez pas, ce film est puissant et vous emporte dans la barbarie des sentiments.

Ah... si Nouri Bouzid pouvait réaliser deux de mes scénarios...


Mohamed, le modèle qui a posé pour le tableau en tête d'article est un grand ami. Son visage m'a souvent donné l'envie de le peindre.
Il aurait pu faire le rôle du héros de Making off.

Voici le générique et le début du film. L'action se situe près du port de Rades, un port de marchandises. Dès les premières images on voit à l’horizon « Bou Kornine » la fameuse montagne aux deux cornes, celle de mon roman du même nom…
par Miche Giliberti publié dans : Tunisie
Jeudi 21 juin 2007

Entre deux voyages et deux verres de vin

L’homme des fins se déplait qui s'enferme et se saoule.
Son suaire suinte sur sa couche souillée
Et ses vols prudents de minable ramier
Coupent court à ses rêves et desservent ses mots
Comme l’amère le lie aux méfaits qui le tuent
Comme la mer le cerne et lui montre l’abîme,
Il est l'homme défunt .



© Giliberti / 2007

par Michel Giliberti publié dans : Peinture et Poésie
Mercredi 20 juin 2007
Dans les années 80, je décidai d’arrêter la musique et les enregistrements d’albums qui ne me satisfaisaient pas pour reprendre la peinture qui elle, ne m'avait jamais déçu.
J'étais très déprimé d'avoir perdu tant d'années dans une maison de disques à composer, écrire, enregistrer pour un bilan si éloigné de mes ambitions artistiques et de l'univers intimiste que je voulais créer.
Je me suis souvenu que j'aimais la Renaissance italienne et plus particulièrement le quattrocento. Celui-ci a su doucement me redonner de la force à reprendre mes pinceaux... J'étais très sensible à la statuaire antique et je la fis souvent entrer dans mes compositions ; même mes personnages furent et sont encore souvent intimement liés à la pierre.

Voici deux tableaux de cette époque où la statuaire classique est présente. Celui où l'on voit l’esclave de Michel-Ange multiplié dans un univers de verre brisé a été le tableau qui me fit démarrer définitivement dans ma carrière.


Dans ces années, j’avais le temps de sculpter. Voici certains de mes bronzes exécutés avant que je quitte Paris pour la campagne normande.

J’ai très envie de me remettre à la sculpture de façon assidue.
C’est un art difficile qui nécessite beaucoup d'énergie et je sens qu'il va falloir me lancer avant qu’il ne soit trop tard !
J'en fait encore quelques-unes, mais aujourd'hui j'ai l'ambition d'oeuvres plus conséquentes où le corps serait matière à témoigner d'une certaine idée de la souffrance, de la douleur du monde, de la mort ; des sujets violents et torturés.
Vous me connaissez... Toujours optimiste… !


par Michel giliberti publié dans : Michel Giliberti
Lundi 18 juin 2007

Samir voulait fuir les bleus de son enfance et rejoindre les gris d’un ailleurs improbable.
Les chambres blanches et les lits chamarrés ne lui disaient plus rien.
Les fonds de cour embaumés de l’odeur du jasmin l’indifféraient.



Même les parties de football sur le sable blanc des plages ne parvenaient plus à le distraire et les promenades en soirée sur la corniche grouillante de monde de La Marsa, la cuisine de sa mère, les citronnades, les glaces de Salem, tout cela n’avait plus grâce à ses yeux.
 

Le matin, perché sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, devant le bleu intense de la baie et tandis qu'on mangeait notre beignet quotidien, je tentais comme je le pouvais de tempérer ses ardeurs, mais en vain.
Le soir, au café des nattes, devant un thé à la menthe remplie de pignons de pin, il voulait encore m'entendre parler de Paris… Paris qui raisonnait dans sa tête.
Il n’était jamais assez repu de mes descriptions que je noircissais pourtant un peu, afin de lui rappeler que vivre dans son pays reste un bonheur irremplaçable.
Je lui disais qu’en France, il devrait s’attendre à vivre seul longtemps ; c’est ce que l’on y apprenait le mieux.
Je lui disais que les regards qu’il rencontrerait ne seraient pas forcément amicaux, pas forcément de connivence.
Je lui disais que les clartés qu’il espérait ne seraient pas forcément au rendez-vous et que la beauté de la vie qu’il sublimait serait souvent une beauté vénéneuse.
Mais non, Paris restait l’écrin de tous ses fantasmes et comme il n’avait plus de parents et qu’il vivait chez sa sœur dont il n’appréciait pas le mari, partir devenait évident.



Un été, je suis revenu devant la maison éclaboussée du beau bougainvillier rouge.
Il n’était plus là.
La porte bleue était fermée.
Certains de ses amis, plus tard, m'apprirent que sa soeur avait déménagé et que,
finalement, il était parti en Italie, mais personne n’en était certain. Personne ne l’avait revu. Sa sœur que je rencontrai quelques jours après, me laissa entendre qu’aux dernières nouvelles il était peut-être éboueur à Milan…
Lui, qui sur le petit marché couvert de la Goulette, plein de cris et de parfums, ce petit marché à deux pas de la mer, vendait ses fruits et légumes avec un beau courage et des sourires permanents ...
Lui, qui criait de sa belle voix les prix à la volée et faisait des clins d'œil à ceux où à celles qui lui plaisaient...

Lui, qui était un petit roi derrière ses monticules de fruits multicolores mais pas assez à ses yeux abreuvés des images de l’Europe… du rêve européen.
Lui, Samir était sans doute devenu éboueur.

Alors, un peu triste et le vague à l’âme, je suis allé tout seul au café des nattes où je rencontrai Tarek, un jeune jardinier de mes connaissances et tandis que je me perdais dans son regard aussi sombre que celui de Samir, il me dit qu’il voulait partir…


Oui,Tarek, comme Samir, comme Mohamed, comme Adnen, voulait fuir les bleus de son enfance et rejoindre le gris d’un ailleurs improbable…

par Michel Giliberti publié dans : Tunisie

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