Ce tableau avec Franck et Xavier comme modèles, me fut suggéré lors d’une
conversation « sereine » avec une
bourgeoise aux idées larges et qui « comprenait tout à fait les gays ».
La discussion avançait tranquillement quand, au bout de quelques instants, elle me dit : « Les homosexuels, c’est formidable ! Je les comprends tout à fait, ce sont des êtres exquis, si
drôôôles... c’est géniaaal! ils ont du goût, leurs appartements sont toujours ravissants
et ils sont si propres... »
Je lui répondis que c’était une vision bien réductrice des
gays et je lui rappelais que nous nous battions aussi pour avoir les mêmes droits que tous.
Elle me rétorqua. « Se battre ? mais pour quels droits ? c’est idiot ! C’est comme si tous les diabétiques manifestaient… Ils ne peuvent quand même pas vivre comme
les autres, on le sait ! Ils sont en prison. »
Pressentant le pire, je
lui demandai ce qu’elle entendait par « en prison ». Elle me rétorqua entre deux petits-fours (nous étions à un vernissage) : « Notre société réclame une certaine virilité, une certaine audace,
non ? Les homosexuels sont bien trop emprisonnés dans leur impossibilité de s’intégrer à elle... le vrai problème, c’est qu’ils sont en prison, je vous assure. »
Eh oui, je vous passe le reste, car j’étais à deux doigts de lui faire avaler tout l’or de ses breloques
qui dégoulinaient sur elle, lui faisant comprendre qu’une minorité peut aussi espérer que la majorité les accepte comme ils sont, mais c’était difficile à lui faire admettre qu’elle n’était pas
si compréhensive que ça… et que le milieu gay l’intéressait un peu comme les gens vous disent que les favelas sont « Formidaaables !!! » et que c’est « Incroyaaable !!! » ce que les pauvres
peuvent faire avec un rien… sans tenter de se mettre à leur place.
Bref,
en étant de charmants jeunes gens, dociles, propres et fantaisistes, nous étions, pour cette dame, suffisamment récompensés par le regard honnête de la société.
Nous étions un peu, grâce au quartier du Marais, des animaux exotiques qu’il fallait parquer dans un Thoiry conservateur ; une certaine idée de la « prison » pour homosexuel(le)s, tolérée par
ceux qui les rejettent. Quelle misère!
Heureusement que ce discours n’est
pas majoritaire ( quoi que... ! )
Voilà pourquoi, sur ce tableau, si la
position des personnages peut faire croire à l’unité, au rapprochement et à la tranquillité, les regards, eux, semblent inquiets et refléter ( pour Xavier, tête sur les genoux ), une
inquiétude et pour Franck, un fatalisme devant un horizon incertain.
Il faudra que je parle un jour de Xavier… plus tard, quand j’y parviendrai.
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Quelle misère !
Mercredi 29 août 2007
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