Fin d'après-midi ©
Giliberti / 2006
Après avoir embarqué sur un ferry à Sfax, j'accostai une heure plus tard aux îles de Kerkennah, à seulement vingt kilomètres des côtes tunisiennes.
Le dépaysement fut total.
Des palmiers, des palmiers, encore des palmiers... La mer turquoise, le sable jusque dans les terres, les marabouts verts et blancs, les maisons ocre et bleues... La nonchalance des insulaires
circulant à vélo ou marchant main dans la main. Tout me séduit.
Le marabout © Giliberti /
2006
C'était une fin d'après-midi. Je ne voulais plus repartir.
Le temps semblait arrêté. Il flottait sur l'île un parfum étrange, mélange de sel et d'épices, de poissons frais et de terre brûlée.
J'ai roulé un peu au hasard des rues et des routes qui longent la mer; je n'avais aucune envie de trouver mon hôtel.
Le repos © Giliberti / 2006
Au bord de l'eau, des hommes, pantalons retroussés jusqu'aux genoux, pêchaient ; d'autres discutaient et riaient. Les enfants se couraient après.
Il y avait une grande simplicité des êtres et des choses, de celles qui me confondent.
Je me suis enfin assis en retrait d'un ponton où s'activaient des femmes qui, plongées dans l'eau jusqu'aux cuisses, malgré leurs robes, lavaient de la laine en la frappant avec un
battoir.
Les laveuses de laine
© Giliberti / 2006
Des jeunes gens apercevant ma discrète présence me firent des signes amicaux et me proposèrent de rentrer dans leur ronde puis, à la vue de mon appareil
photo, voulurent tous poser pour moi. Je m'y pliai bien volontiers.
Je pense qu'un homme triste est un homme qui n'a jamais connu cet espace-temps, où tout ce que vous dites, tout ce que vous faites semble lié au privilège et développe le meilleur
de vous-même.
Le soleil commença sa lente descente jusqu'à l'horizon. L' île passa du bleu à l'orange. Les pêcheurs cessèrent de battre les vagues de leurs grandes palmes et arrêtèrent ainsi d'effrayer les
mulets qui, scintillants, bondissaient hors de l'eau et retombaient sur des claies, puis ils vidèrent leurs gargoulettes des poulpes qui s'y étaient réfugiés.
La pêche miraculeuse ©
Giliberti / 2006
J'avais faim.
J'ai répondu au sourire amical d'un garçon et ensemble, nous avons discuté de tout et de rien quelques instants avant qu'il me demande lui aussi de le prendre en photo. Protégé par
l'objectif, je remarquai à quel point il aurait fait un excellent modèle, mais je n'avais aucun courage d'aller plus loin dans la discussion et comme je repartais dans deux jours pour Mahdia, je
n'aspirais qu'à me reposer. Enfin, j'ai retrouvé ma voiture. Vitres baissées dans la chaleur du soir, j'ai roulé lentement jusqu'à l'hôtel, le bras ballant à l'extérieur la portière, comme un
vrai tunisien, à respirer cet air si particulier qui enferme les îles.
Après une bonne douche, je suis ressorti afin d'apprivoiser la nuit nouvelle.
Un sourire de Kerkennah ©
Giliberti / 2006
Par Michel Giliberti
-
Publié dans : Tunisie
Dimanche 3 décembre 2006
7
03
/12
/Déc
/2006
08:01
8
Il y a toujours pour moi le mystère de la beauté....
Le sourire contenu de ce jeune homme de Kerkhanah est en mesure de transpercer les carapaces les plus fortes, de pénétrer en nous et de nous envahir.
La question est : comment peut on survivre à ces envahissements successifs sans s'épuiser comme un camélon sur du tissus écossais? La beauté me fait imploser..
Peut etre que la peinture est un moyen de prendre la distance qui permet de respirer, c'est à dire de reprendre souffle.
Jamais l'expression "une beauté à vous couper le souffle" ne m'a paru si juste.
Merci
Ces deux jours passés à Kerkennah m'ont donné tant à voir et tant à parler que j'en suis reparti submergé de souvenirs et de l'amour des autres, jusqu'au séjour qui suivit.
En fait, je n'ai pas peint ce garçon parce que justement il était trop beau et qu'en cela, il n'était pas le passeur d'émotions que mon désir de peindre attend et dans lequel, transcender les choses et les réinventer reste le moteur.
@ bientôt
Bonne luge donc...
Michel
De passage chez patou, j'ai etudié ton blog de partout .j 'aime tout ce que tu dis , tout ce que tu fous car qui d'autre que moi ne peut te dire que de toi point , je ne me fous.
Chantou.
Pour ceux qui liraient cette réponse, sachez qu'elle est déstinée à Chantal mon amie de toujours... Nous avions 16 ans quand on s'est rencontré et depuis notre amitié n'a pas pris une ride... Nous avons toujours seize ans... J'ignore si c'est raisonable à notre âge, mais c'est ainsi !
je t'embrasse ma chérie,
@ bientôt
Michel.
Tu dis : " Il y avait une grande simplicité des êtres et des choses, de celles qui me confondent."
Tout est dit.
Là je reviens du Maroc où j'ai participé à un festival de malhoun et me voilà déjà en train de penser à Kerkennah !
je t'embrasse,
Michel
J'ai mentionné que tu es l'auteur des photos reprises avec le lien de cette page!
Bon voyage et beau séjour. Je t'envie.
michel
Ancienne maison de Kerkennah (Ramla)
Mon frère et ami Kerkénien...
Le tombeau d'un walli...Kerkennah en possède un bon nombre..