Quand, à l'ouest de la Tunisie on dépasse Béja et qu’on s’aventure à l’intérieur
des terres, on peut se contenter d’observer la vaste campagne, mais on peut aussi prendre une des routes qui serpente sur les collines et vous conduit jusqu’au sommet où toute trace de vie semble
s’effacer. C’est pourtant là, au centre d’une gigantesque étendue de plaines et de rochers creusés comme ceux d’un canyon, que vit la tante à Moez ainsi que le vieux berger qui l’aide à s’occuper
de ses moutons et de ses cultures. L’eau se tire au puits. Il n'y a pas encore d'électricité.

C’est une vie très spartiate au milieu d'une végétation grandiose mélangée à celle plus courte et rabougrie de tous les pays méditerranéens autour d’un trou d’eau; une marre d’un vert étonnant,
une marre de jade qui étincelle au soleil et force le regard.

Nous avons passé l’après-midi à manger des crêpes au miel, à boire du thé, puis à nous balader dans ces lieux sauvages qui
enchantent Moez « parce qu’on entend les oiseaux » comme il dit.
Je me souviens qu'à l'intérieur de la modeste maison, une petite télé qui marchait grâce à un groupe électrogène diffusait une chaîne italienne, la seule qui se captait bien et que personne ne
comprenait vraiment.
Moez...
...en train de remonter...
... de la marre d'un vert incroyablement lumineux.
Moez au soleil, abrité de son tee-shirt enroulé autour de sa tête. Les Tunisiens ont le style pour faire ça. En deux
secondes, ils se transforment en fiers Berbères ; ainsi coiffé, Moez me donne toujours envie de le dessiner ou de le peindre.
La tante de Moez, adorable et pleine d'attention, pendant qu'elle s'affairait à confectionner ses crèpes au miel.
Bonheur d’être mortel
Connaître l’eau quand il fait soif
Aimer quand tout se meurt.
Difficulté des dieux,
À qui jamais rien n’arrive.
© Giliberti in Bleus d'attente /2001
par Michel Giliberti
publié dans :
Tunisie
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