Quand on arrive à Tozeur en plein mois d'août comme je l'ai fait, on est tout de suite happé par la chaleur
étonnamment puissante, mais cela n'a jamais eu d'importance pour moi. Je la supporte assez bien. Dès que j'ai posé mes affaires à l'hôtel, le si bel hôtel Dar Cherait ( la maison de Cherait
), du nom du propriétaire, j'ai repris ma voiture et je suis parti à l'oasis. C'est un lieu à part qui force à la méditation, pas forcément transcendantale, zen ou métaphysique, non... juste
profonde ; plus proche d'une méditation philosophique qui fait redécouvrir les simples joies d'un paradis terrestre ( aucune connotation religieuse, juste le pouvoir évocateur de ces mots ).
D'ailleurs, un jardin sublime nommé « Le Paradis » se trouve tout en bas de la route principale, une route sableuse où passent des calèches comme autrefois. Quand on rentre dans ce jardin
botanique écrasé de tant de palmiers et de tant de végétations éblouissantes, on rentre dans du vert. Tout y est vert. La lumière absorbe ce vert et nous le renvoie. Notre peau elle-même
prend cette couleur d'absinthe dorée tant la luxuriance y est exceptionnelle.
Dans l'air si embaumé de l'odeur citronnée d'une espèce de géraniums dont on extrait une eau
très parfumée qu'on ajoute à certains desserts, dont la salade de fraises, j'ai rencontré le jardinier et à la fois le métayer de l'oasis, le khammès qui veut dire « le cinquième » parce qu'il
est rémunéré en recevant le cinquième de la récolte. Dès que nos yeux se sont croisés, il est venu à ma rencontre et m'a invité à regarder ses cultures. Je suis moi-même jardinier et j'ai
accepté l'offre avec bonheur. Comme il voyait que je prenais grand intérêt à tout ce qu'il me montrait, il est devenu très enthousiaste, a déterré des légumes, trier des graines, butter de
jeunes pousses, escaladé les troncs de palmiers pour que j'apprécie sa dextérité. Il était très gentil, très drôle et plus tard, assis sur un banc en bois comme de vieux amis, nous avons
bavardé assez longtemps dans cette étrange lumière amande, dans cette ombre lumineuse. Il a disparu quelques minutes et a ressurgi avec une pâtisserie venue de je ne sais où. Puis, comme si ce
n'était pas suffisant, il a cueilli des fleurs et avec un air malicieux a commencé à confectionner un bouquet qu'il m'a offert avec la candeur d'un enfant qui offre un cadeau à sa
mère.
Le bouquet de fleurs du jardinier
C'était trop charmant, je sais que ce terme est quelque peu désuet, mais je n'en trouve aucun autre. Oui je pourrais dire que je kiffais grave le jardinier, mais bon... Je pense que beaucoup de
touristes doivent avoir un contact aussi chaleureux avec lui, mais j'aime à imaginer qu'en ma compagnie, ce fut différent ; d'ailleurs, il fuyait les rares promeneurs qui s'aventuraient dans la
palmeraie et m'entraînait toujours un peu plus loin avec l'air malicieux d'une complicité partagée. Quand je me suis séparé de lui, son visage aimable et souriant s'est longtemps promené dans ma
tête pendant que je continuais ma marche dans l'oasis et approchais des bassins d'eau qui donnent à ce décor somptueux de rochers percés de verdure et croulant sous la chaleur torride,
l'indispensable fraîcheur.

Tozeur est une toute petite ville et en dehors du centre, des cafés bruyants et pleins de vie, c'est bien sûr cette oasis qui capture l'attention avec ses oueds, ses sources, ses
bassins où les enfants s'amusent et prennent le frais en se plaçant sous la cascade. Un plaisir inégalé des yeux, un plaisir inestimable du coeur. Le soir, j'assistai au spectacle son et lumière
dans les jardins de l'hôtel (plus proche d’un palais), à la représentation des « mille et une nuit ».
Le sud de la Tunisie, à deux pas du désert est encore un lieu authentique, malgré une organisation forcenée du tourisme qui commence sérieusement à devenir tentaculaire, mais pour l'heure, c'est
encore un paradis vert et doré, sucré et chaud comme une datte dont Tozeur est le grand producteur.
L'oued
Les casacdes et les bassins
les enfants au bassin
L'oued

La palmeraie
Maison à Tozeur
Enfants de Tozeur
Dame près du jardin
Je n’aime que les murs
Qui donnent l’ombre à ma peau,
Je n’aime que les peaux
Qui incendient mes murs.
© Giliberti in Bleus d'attente / 2001
par Michel Giliberti
publié dans :
Tunisie
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