
Ma vieille de Matmata...

Elle,
Au fond des murs pierre
Parlait de son passé
Contait ses souvenirs
Moi,
Au bord des lumières
Je n'avais rien à dire
D'un présent emmuré.
In Voyage secret Tunisie © Bonobo / 2004
Cette vieille dame,
une salamandre tatouée sur le menton, doit être connue à Matmata, car lorsqu’elle m’a fait entrer chez elle, j’ai vu sur un meuble sa photo au milieu de coupures de journaux
encadrées. Je pense qu’elle a dû recevoir une médaille ou un prix pour famille nombreuse, car beaucoup de photos d’enfants étaient autour de son portrait, mais je m’avance peut-être.
Quoi qu'il en soit, elle a été d’une patience inimaginable avec moi, a
accepté que je la croque rapidement sur mon bloc à dessins, puis que je la prenne quelques photos. Elle était très coquette, s’est arrangée sa frange orange à plusieurs reprises, a lissé sa robe
et mis en avant ses fibules en argent.
J’étais sur un
nuage ; c’était vraiment extraordinaire. Je me trouvais là, dans sa maison au centre d’un vaste trou aménagé dans le sol. Au départ on ne voit pas
vraiment ces fameuses habitations troglodytes. Il faut grimper un peu sur les hauteurs et là, on aperçoit des espèces de
cratères, des trous qui s'ouvrent sur une cour intérieure avec un puits et cinq ou six entrées disposées tout autour, sans compter celles des étages qui mènent aux greniers où l'on conserve
différentes denrées comme l’huile, les olives. On y accède par des escaliers. Tout est très bien agencé. Ces habitations sont coquettes, leurs cours intérieures, délicieuses ; des plantes et des
herbes aromatiques y poussent dans des pots de terre, du linge sèche au soleil, tout y est terriblement chaleureux. Si l’ensemble est construit à même la roche, certains volumes comme les
marches, les étagères, les banquettes, les cheminées sont parfois en argile. Il y fait frais l’été, chaud l’hiver. Je crois qu’on n'a rien inventé de mieux…
C'est mieux que la maison Borlo à cent mille euros !
Il y a souvent un poisson ou une main de couleur bleue à l'entrée des
maisons pour conjurer le mauvais sort.
Je pourrais rester sur le seuil de cette porte aussi longtemps que ce chat
qui n'a jamais bougé tout le temps que je suis resté dans cette cour ensoleillée.
Sur la route au dessus de ces
maisons troglodytes, ce jeune cycliste transportait du bois et n'a pas manqué de me sourire tout en peinant sous la chaleur qui était vraiment terrible ce jour-là.
Avant qu'il ne disparaisse, j'ai pris une dernière photo de lui... Où était sa jolie maison ?

Un paysage caractéristique de Matmata avec ce beau marabout blanc qui semble surgir de
terre au milieu des maisons qu'on ne voit pas... C'est un vrai jeu de cache- cache.
par Michel Giliberti
publié dans :
Tunisie
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