
Tout me séduit, tout m’étonne, tout me passionne.
Je suis curieux des gens et des choses. Ils ont sur moi un pouvoir délicieux, un pouvoir toujours renouvelé.Parfois, mon goût des autres est comblé comme ce matin-là, à Sidi Bou Saïd, où un ouvrier repeignait la façade de la maison d’en
face.
Par hasard, en me penchant à la fenêtre, je l’avais vu, du fond de la rue, arriver chez ma voisine, avec l’air de se promener. Il m’avait salué avec un grand et beau sourire puis quelques
instants plus tard s’était assis sur le bord du trottoir pour boire avec lenteur ( comme seul un Tunisien sait le faire ) le café que lui avait offert la maîtresse de maison et, après avoir
grillé une cigarette, il s’était mis au travail.
Calme et serein, il fredonnait de temps en temps une chanson d’Oum
Kalsoum.
Longtemps je me suis rassasié de cette image répétitive du rouleau qui montait et descendait
le long du mur avec indolence, puis je n’ai pas résisté à voler ces deux photos. Je n’en ai pas pris davantage, par pudeur. Je voulais juste saisir la grâce de cet
instant.
Il y avait juste son chant, juste le bruit sourd des insectes dans la tiédeur du matin, juste
l’odeur épicée de la Tunisie qui se réveille et l’étonnante lumière qui se reflète sur les murs des maisons et au creux de chaque fleur des grappes de
bougainvilliers.
Encore quelques minutes à l’observer derrière mes persiennes entrouvertes et je suis parti
acheter ma brioche au sucre chez Charchouf et j'ai pris un capucin à la terrasse du Marsaoui.
par Michel giliberti
publié dans :
Tunisie
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