Les îles de Kerkennah… je les ai
découvertes, il y a quelques années.
J’ai tenté naguère de vous les faire partager à travers le noir de cette fenêtre ouverte sur les vôtres.
On accoste à Kerkennah après avoir embarqué à Sfax. C'est un petit voyage folklorique au milieu d’une foule joyeuse, des chants, des bruits, des radios qui déversent autant les musiques
orientales que les Anglos saxonnes. Le transition commence là, pendant cette traversée, mais à une vingtaine de kilomètres, le calme des îles se révèle être le vrai dépaysement.
On le ressent dès que l'on pose le pied à
terre..

Routes mangées par le sable, palmiers à n’en plus finir, grenadiers, figuiers… Une île, comme un trésor ! Une île qui offre, aux détours des sentiers, ses marabouts
vert et blanc, ses maisons ocre et bleu et le sourire des insulaires assis tranquillement ou de ceux qui se promènent main dans la main.
Il règne sur cette île un parfum étrange de sel, d’épices et de terre brûlée. Par endroits, des palmes mortes entassées au sol donnent à l’air surchauffé l'odeur des foins
.
Que pourrais-je ajouter aujourd’hui pour décrire ce petit paradis ? Je ne sais pas vraiment, sinon que sa évocation exalte
toujours mes sens...
... comme ces immenses marabouts contre lesquels certains s'adossent en fin d’après-midi pour prendre les derniers rayons de soleil
et rêver. Moi je rêve d’une maison qui ressemblerait à un marabout.
J’ai roulé lentement, vitres baissées. C’était la fin de la
journée ; le soleil déjà bas offrait des contrastes magnifiques. Sur la côte, des jeunes gens prenaient du bon temps sur des embarcations fluides et silencieuses. Des hommes,
pantalons retroussés jusqu'aux genoux, pêchaient, d'autres discutaient. Les enfants se couraient après. Il y avait une grande simplicité des êtres et des choses, de celles qui me
confondent.
J’ai arrêté la voiture et je me suis assis en retrait d'un ponton où des femmes en robes et plongées jusqu'aux cuisses lavaient de la laine en la frappant avec un
battoir.
Le soleil accéléra sa descente jusqu'à l'horizon. L’île passa du bleu à l'orange. Les pêcheurs battaient les vagues avec des ramures
de palmier pour effrayer les mulets qui, scintillants, bondissaient hors de l'eau et retombaient sur des claies. D’autres récupéraient les poulpes pris au piège dans des gargoulettes accrochées
aux récifs.
Je pense qu'un homme triste est un homme qui n'a jamais connu cet espace-temps, où ce que vous dites, ce que vous faites devient un
privilège.
Je commençais à avoir faim et je songeais à trouver un petit restaurant, mais mon regard accrocha celui d'un garçon qui assis avec des amis dans les derniers
rayons de soleil, m'invita à le photographier.
Protégé par mon appareil photo, je considérais avec amusement ses yeux qui ne lâchaient pas l'objectif et donnaient ainsi l’impression de me fixer ardemment.
Puis il s’est levé, s’est dirigé vers moi à pas lents tout en me faisant signe de continuer mon travail. J'ai répondu à
sa demande et à son sourire. Puis une fois près de moi, désabusé et charmeur, il me parla de tout et de rien comme si nous étions de vieux amis.
Enfin, comme les mots me manquaient et que je ressentais la fatigue mon voyage, je le quittai à regret, mais au moment de partir, il me donna son numéro de téléphone.
Vitres toujours baissées dans la chaleur du soir, j'ai roulé très lentement jusqu'à l'hôtel en suivant le rivage, le bras ballant à l'extérieur de la portière
comme un vrai Tunisien, à respirer cet air si particulier qui enferme les îles.
Après une bonne douche, un bon repas, je suis ressorti apprivoiser la nuit nouvelle. J’avais un numéro en poche. À quoi pouvait ressembler Kerkennah , la nuit ?
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Tunisie
Jeudi 11 mars 2010
4
11
/03
/2010
13:05
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13
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Aux matins encore mauves des nuits si récentes, la terrasse est intacte,
blanche et vierge, silencieuse..
Dans l’écrin encore sombre des arbres et des buissons, Bou Kornine palpite et dessine l’horizon.
J’ai tant dit des parfums et des bruits de Sidi Bou Saïd qui s’éveille… Comment faire autrement quand l’histoire se répète et m’émeut chaque
fois ?
Étranger !
Je suis l’étranger ! Et comme tous les étrangers, je décode et je conte ce qui ne m’appartient pas.
J’ai besoin des voyages sur terre et sur peau, de la mienne contre celles qui me soufflent « tout cela est si bref » et
m’invitent à me dire « mieux vaut mourir de leurres magnifiques que de vérités banales ».
Aux matins encore mauves des nuits si récentes, la terrasse est intacte, blanche et vierge,
silencieuse…
Par la porte entrouverte, ses départs feutrés sont aussi mystérieux que ses arrivées, quand enfin, pointe l’heure si belle des leurres.
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Tunisie
Jeudi 4 mars 2010
4
04
/03
/2010
14:55
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13
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Et puisque le tout sécuritaire fait office de passeport,
puisqu’il est en passe de devenir le modèle qui balaiera nos belles et fortes idées de liberté, ma mémoire s’éparpille au gré des simples souvenirs de ma Tunisie comme cette virée dans le sud, à
Tozeur.
J’avais l’impression, alors que j’approchais du but, de m’être trompé de direction ; aussi je demandai à deux garçons qui
discutaient et fumaient sur le bord de la route si j’étais sur le bon chemin. Ils me répondirent que oui. Ils souriaient, leurs yeux étaient malicieux. Ils m’offrirent un jus de fruit que je
partageai avec eux le temps d’une discussion sur tout et sur rien ; peu après je leur demandai si je pouvais les prendre en photos ; ils acceptèrent et rirent beaucoup, ne comprenant pas
l’intérêt de garder d’eux une trace…
Ce sont ces instants qui me permettent de supporter la phobie de la jeunesse que les puissants enracinent dans nos têtes…
fouille des cartables, portiques de détection à l’entrée des écoles, caméras de surveillance, cybersécurité… et puis demain… des terroristes ! Il ne faudra pas s’étonner !
Et pendant ce temps, la Terre se meurt des pesticides, insecticides, bombes, centrales nucléaires, massacres des
espèces…
Plus d’écosécurité et moins de cybersécurité.
Petite discution à l'ombre d'un arbre...
le temps arrêté.
Profil du sud dans l'ombre bleutée...
Autre profil tout aussi appaisé des bleus du pays...
Sourire et yeux sombres...
Petite torpeur d'avant la sieste...
Et dernier regard avant que le temps s'arrête à nouveau...
Par Michel Giliberti
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Lundi 1 juin 2009
1
01
/06
/2009
12:31
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Un peu avant la fin de la journée, alors que je
retournais vers Sidi Bou Saïd, j’arrêtai ma voiture au bord de la route, persuadé qu’un des pneus s’était dégonflé.
La mort dans l'âme, je sortis en marmonnant quelques grossièretés bien inutiles… je
déteste ce genre d’incident.
Je tournai autour du véhicule auscultant chaque roue, mais rien ; ce n'était qu’une
fausse alerte. Rassuré, je m’apprêtais à repartir quand j’aperçus un jeune homme sur les marches d’une maison. Peut-être la sienne ; peut-être n’en avait-il pas les clefs ; peut-être ses
parents n’étaient-ils pas encore rentrés.
Il me regardait tranquillement.
Je ne sais pourquoi cette image sereine me rappela mes heures passées sur le seuil de
l’Olympia, le cinéma où j’ai grandi, à Ferryville, quand je dévorais mon goûter en attendant de faire mes devoirs.
Alors, en quelques gestes maladroits je fis comprendre à ce garçon que j’avais envie de
le prendre en photo… de fixer cet instant d’innocence et d’attente. Il acquiesça en souriant.
Une photo toute simple chargée de mes souvenirs transposés.
Par Michel Giliberti
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Mardi 19 mai 2009
2
19
/05
/2009
22:12
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Jebel Rassas (la montagne de plomb) la montagne de mon enfance.
Depuis toujours elle me fascine. Lorsque je suis sur la route d’Hammamet, elle s’approche de moi lentement, comme un gros reptile… Enfin, elle occupe tout l’espace, le temps d’une brève
rencontre, car elle n’est pas très grande ; pourtant, une fois dépassée, sa présence reste là, comme un passager sur la banquette arrière de ma voiture.
J’ai toujours voulu atteindre son sommet et pourtant, je ne l’ai jamais fait. Un jour certainement…
Il est vrai que mes rêves d’oiseau ont toujours ralenti mes escapades de marcheur… et mon envol se contente du rêve.
Jebel Rassas, la montagne de plomb… C’est moi qui pèse des tonnes.
Mes ailes si souvent ouvertes ne m’emportent jamais aussi loin que je le voudrais et pourtant je reste perché comme cet oiseau rencontré au sommet d’une ruine de
Dougga…
Comme lui, je suis un sombre et lointain spectateur des pourpres envies terriennes et mon
bec ne s’ouvre que sur quelques sifflements matinaux et sur les baies de sureau que sont les yeux de la Tunisie.
Des yeux que j'aime tant...
Par Michel Giliberti
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Jeudi 16 avril 2009
4
16
/04
/2009
08:00
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Mulet, âne, cheval… Ces trois-là sont de tous les paysages tunisiens.
Moi qui commande aujourd’hui tel ou tel objet sur le net avec ma carte bleue, je ne peux pas oublier mon enfance quand les livraisons de pétrole, de lait et de pains de glace se faisaient elles
aussi à domicile, mais grâce à ces braves mulets, ces ânes aux yeux si beaux et ces chevaux courageux… ça me rend un peu nostalgique.
Je ne peux compter le nombre de fois où je prenais la calèche avec maman. Nous allions en dehors de la ville, au marché, à la plage ou au cimetière… Je raffolais surtout de ces jours où
nous nous rendions au cimetière, car il se trouvait en bordure d’une route sablonneuse, ombragée d’eucalyptus aux troncs badigeonnés de chaux. Au fond de la calèche, bien callé entre ma mère et
ma grand-mère, à respirer l’air chaud et embaumé du matin, j'avais en mire le cocher enturbanné de rouge, parfois de vert, le cou puissant de son cheval qui trottait crinière au vent et les
pompons multicolores qui s’agitaient autour de ses œillères. Le bruit de ses sabots était rassurant ; un fond sonore et rythmé sur les propos échangés sans interruption entre maman et mémé.
Alors, pour toutes ces choses et plus encore voici quelques simples portraits de ces animaux adorables.
Un mulet à l'ombre d'un eucalyptus, sur la route du Kef...
Comme il me regardait, je me suis approché...
présentations...
"Vous êtes né ici, vous aussi ! tiens tiens... weld di bled
"
Qui va doucement ménage sa monture...
Un gourmand qui m'ignorait...
Un cheval coquet comme tous ceux qui tirent des calèches. Celui-ci frimait à Matmata...
L'âne docile et très attentif d'un enfant...
Un autre curieux qui ne me lâchait pas des yeux...
L'âne d'un berger à Béja...
Et comme l'âne est l'animal favori de mon ami, je pense qu'une fois en Tunisie, il
nous faudra en posséder un.
Par Michel Giliberti
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Mercredi 1 avril 2009
3
01
/04
/2009
08:20
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Dans la cohue d’un samedi matin bizertin, je tentais,
il y a quelque temps, de repérer un magasin de matériel photographique. Sur mon visage devait se lire mes hésitations puisqu’un jeune homme me demanda s’il pouvait me rendre
service.
Je lui fis part de ma recherche et il s’empressa de m’accompagner jusqu’à un photographe qu’il
connaissait.
Par la suite, je pris avec lui un café sur le vieux port…
Le vieux port de Bizerte est un endroit absolument ravissant et très authentique. Le temps était lumineux. Les bruits et les odeurs du marché à deux pas ajoutaient à l’ambiance chaleureuse.
Sofiane, puisque c’est le nom de mon guide improvisé, me proposa d’aller me balader avec
lui sur la plage, ce que je fis. Nous passâmes l’après-midi à bavarder de tout et de rien, de nos difficultés respectives autant que de nos bonheurs.
Au terme de notre journée, il insista pour que je vienne
manger chez lui et fasse la connaissance de sa famille. Je n’avais rien prévu de particulier. J’acceptais.
C’est ainsi qu’en soirée, à dix kilomètres de Bizerte environ, je découvris un petit hameau dont je ne me souviens plus du nom. Au centre d’une grande maison toute simple et pratiquement dépourvue
de meubles, ses parents se tenaient assis par terre en train de s’amuser avec une petite fille (la dernière des sœurs de Sofiane, je l’appris plus tard). Ils m’accueillirent comme si j’étais un
vieil ami. On déroula de grands tapis et peu de temps après nous mangeâmes à même le sol un couscous royal…
Après le repas, Sofiane m’entraîna faire le tour du petit village et me présenta à tous
ceux qui, comme nous, prenaient le frais après la forte chaleur de la journée.
Je rencontrai un monde fou, de l’épicier jusqu’au loueur de vidéos en passant par le boulanger et le marchand de
beignets, sans compter une horde de gamins qui nous suivaient. Tous les commerçants restaient ouverts dans la seule lumière de leur échoppe tandis que la rue principale était absolument plongée
dans l’obscurité.
Au milieu d’une cinquantaine d’inconnus d’une gentillesse difficilement imaginable,
je restai ainsi, jusqu’à plus de minuit, à parler, à rire, à grignoter tout ce que chacun m’offrait.
Enfin, je repartis en promettant d’envoyer à Sofiane, toutes les photos que j’avais prises au cours de cette soirée, ce que je fis deux mois plus tard.
De telles veillées, il m’est difficile de les compter tant il m’a été donné d’en vivre ; souvent, lorsque j’ai un petit coup de blues, elles réveillent mes heures…
Sofiane sur la plage de Bizerte... Un souvenir charmant, amical,
têtu.
Par Michel Giliberti
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Publié dans : Tunisie
Mercredi 25 mars 2009
3
25
/03
/2009
06:45
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