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Tunisie

F-et-M

La barque blanche et de nulle part
Revenait là chaque matin.
Le temps d'un scarabée métal
D'un lézard cuivre sur la craie
Et les bras minces du pécheur
Jetaient dans l'eau le lourd filet.
Épave pâle sur mon balcon
Je demeurai à savourer
D'une gazelle, la corne blanche
Sablée, sucrée, des faux désirs.

© Giliberti

Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /2010 17:06
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  C’est ici, dans cet hôpital de Menzel Bourguiba, autrefois Ferryville, que j’ai vu le jour...

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Un peu avant, vers le centre de la ville il y a ma rue… Une rue sereine, toujours aussi paisible qu’autrefois quand il y avait Liliane et ses tresses, Christiane, coiffée à la Jeanne d’Arc, et son cousin Alain, criblé de taches de rousseur, malgré ses cheveux bruns. Il y avait aussi mes frères tunisiens, l’odeur sucrée de leur peau si lisse, polie comme un marbre, leurs gestes exubérants, leur malice et leurs yeux si noirs. Nos sourires d’enfants s’envolaient comme de fragiles papillons nacrés. Oui, une rue sereine, presque sans voiture. Une rue accrochée à ma mémoire comme un astre protecteur... La rue Hoche, aujourd’hui rue Ali Bachamba.
Les fins de journée étaient rayonnantes. Cette rue nous appartenait.
Rien n'a vraiment changé.
Même soleil, même langueur.
Même aveuglement sous la lumière crue.
Plus loin, il y avait les eucalyptus vert-de-gris aux troncs badigeonnés de chaux, les muriers, les fleurs violettes et crème des passiflores et du chèvrefeuille mêlés qui étouffaient les grilles des petites villas.
Et aussi, les figuiers et les lourdes grappes des tétons de négresse, ce raisin ovale et rosé, qui croulait sous les tonnelles.

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Encore quelques mètres, et on arrivait au cinéma L’Olympia dont mon père avait la charge et où j’ai vécu jusqu’à l’âge de douze ans. L’Olympia a participé de mon éducation puisqu’il y avait là, traînant dans chaque recoin, le souffle particulier d’une vie artistique. Je voyais des choses que beaucoup d’enfants n’avaient pas la chance de voir.
De pièces de théâtre en films, de concerts arabes en spectacles de variétés, il régnait là et jusque dans les coulisses, une effervescence rare au milieu des décors et des instruments de musiques.
J’aimais l’intime lumière du hall tendu de velours cramoisi et de son bar où l’on vendait, à l’entracte, des palmiers croustillants et des boissons chaudes ou froides. J’étais heureux sous les regards éthérés de Michèle Morgan, Danielle Darrieux, Ava Gardner et de tant d’autres stars dont les sublimes portraits en noir et blanc émaillaient les murs de cet espace feutré.

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Mais, surprise ! De ce patio imprévu à ciel ouvert, de ces ferrailles tordues et calcinées au milieu de cet enchevêtrement inextricable de gravats, s'élèvent deux arbres. 

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Un figuier et...
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...un olivier. Je trouve la symbolique émouvante. Deux arbres que j'adore, deux arbres chargés de l'histoire de la Méditerranée, deux arbres entrelacés qui viennent tempérer la blessure du revenir.

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Il me fallut beaucoup de courage pour faire comme si tout cela était normal et ainsi, protégé d'une armure bien fragile, arpenter le dédale des ruines de mon cher Olympia et passer par ce qu'il restait de la cabine de projection. Comment oublier qu'en revenant de l’école, je montais chez moi, prenais mon goûter et hop ! au ciné. Je passais d’abord par cette cabine de projection où j’allais faire une bise à Chedli, le chef opérateur tunisien. Il ressemblait à Jean-Paul Belmondo (jeune). Il était à l’affût du moindre problème technique et, noyé dans la fumée de ses cigarettes qui floutait d'un brouillard bleuté la lumière à la sortie de l’objectif, il surveillait les grosses bobines qui déroulaient des mètres et des mètres de pellicules avec ce petit bruit métallique si régulier, si ineffaçable. Tant de fois, des incidents arrivaient et la lumière se faisait dans la salle où, d’une seule voix, les spectateurs manifestaient leur mécontentement en attendant la reprise. Lors de certaines projections, mes tantes et leurs maris venaient se joindre à mes parents. Elles étaient si bavardes qu’il était pratiquement impossible de suivre sérieusement le film. Un soir, pourtant, un de mes oncles, afin de regarder un western sans entendre parler de l'amant de madame Garcia  ou du fibrome « gros comme une orange » de madame Fratachi, eut la bonne idée de leur apporter un kilo de caramels bien collants. D’abord touchées par ce geste, elles comprirent, mais un peu tard, que ce cadeau n'avait servi qu'à les faire taire.

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Je me suis longtemps attardé sur la terrasse immense ( dont on ne voit ici que l'extrémité ) qui, lorsque j'étais enfant, était le lieu de tous les délices. Papa, passionné de musique, y jouait de la mandoline, de l’accordéon, de l’harmonica et du pipo. Un grand mouchoir noué autour de sa tête, pour se protéger du soleil, et l’accordéon à bout de bras il adorait rester ainsi sur la terrasse à jouer les airs à la mode comme la Comparsita, ce paso doble inoubliable. Maman y arrosait les plantes, venait étendre le linge... le bruit du vent dans les draps lumineux et tièdes sous le soleil, je l’entends toujours.

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Après Chedli, j’allais à la rencontre d’Azzouz, un autre Tunisien qui travaillait au cinéma. Il me prenait dans ses bras. J’adorais l’odeur de sa peau, l’odeur de la helba, une épice qui continue de me poursuivre quand je vais en Tunisie. Dès que je la sens flotter dans l’air, je marche au radar et retrouve celui ou celle qui en est imprégné.
Azzouz était très gentil avec moi. Il me faisait beaucoup rire en racontant plein de bêtises sur les femmes. C'est par ces marches que j'accédais au balcon de la salle et que j'allais avec mon gros goûter en mains, me repaître des films qui embrasèrent mon esprit.

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Cet après-midi de l'année 1998, cet après-midi de si forte émotion, c'est par cet escalier que je me rendis à la maison, comme autrefois. Jamais mon cœur n'avait battu aussi fort.

dans-ferryville-30 Je pénétrai la maison, rien n'avait changé. J'ouvris les persiennes d'un des balcons.

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Et lorsque j'ai souri à Jean-Charles qui me photographiait depuis la rue, je me souviens combien j'étais plongé hors du temps... j'étais chez moi... « chez moi. » Jamais des mots aussi simples ne m'ont semblé si troublants, si porteurs de sens.

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Ce jour de septembre 1998, j'eus même le désir d'aller voir le cimetière français à Tinja, à quelques kilomètres de Menzel Bourguiba, où reposent mes grands-parents paternels et une sœur de ma mère morte à l'âge de deux ans... Une tante bien jeune, là, dans le tout petit caveau au centre de la photo et que je connaitrai peut-être, en venant m’y reposer définitivement, mais le plus tard possible...

 

 

 

Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /2010 07:34
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À Menzel Bourguiba (ex Ferryville), à deux pas du marché couvert, se trouve une petite place ombragée d’une végétation persistante, dense et variée, la place de l'amiral Guépratte. J’aime encore m’y balader comme autrefois lorsque j'étais enfant. J'aime m'asseoir sur un des bancs de pierre et, dans la chaleur ambiante, admirer la lumière qui joue avec la transparence des verts bleutés du feuillage de cet espace délicieux où trône un kiosque à musique...

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...un kiosque que je trouvais immense autrefois et qui, en cette journée de l'été mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit, alors que je le redécouvrais tout ému, au bout de trente-six ans d'absence, me sembla de taille plus modeste.

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Été 1998

Je reviendrai prochainement sur cette balade dans les rues et la maison de mon enfance. Cela fait quatre ans que je me promets de le faire et de pénétrer l'Olympia, le mythique cinéma de Ferryville qui fut le théâtre de mes douze premières années.

Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Lundi 7 juin 2010 1 07 /06 /2010 14:20
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       Sidi-bou-4-copie-1

 

Les bleus sont impatients. Ils forcent l’éveil de vos sens.
Dès le petit matin, ils vous attendent avec la mer qui s’attache à vos yeux, la mer brillante comme un saphir démesuré.
Alors, trahir son sommeil pour rencontrer un tel minéral, une telle transparence est un jeu d’enfant.
On s’y plonge, on s’en repaît… Moi, je m’en saoule.
Et puis vers midi, la peau brûlante et les yeux rougis du sel liquide, vous revenez affamé, vous revenez assoiffé jusqu’à la maison qui patiente derrière les bougainvilliers.


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La blancheur de ses murs vous rappelle que le Soleil, le Vôtre, le Seul, celui qui fait battre plus vite le cœur, est à l’intérieur, à l’abri… C’est là qu’il paresse, c’est là qu’il somnole dans les draps marine en attendant votre retour. Il n’aime pas la chaleur, lui. Il la connaît tant.


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Vous pénétrez la salle fraîche et obscure et vous allez jusqu’à la chambre. Vous agitez sous ses narines un brin de jasmin que vous avez cueilli à la porte voisine. Il ouvre les yeux, des yeux endormis, mais des yeux aussi noirs que le ciel est bleu.
Vous, vous ne savez quoi faire, vous ne savez quoi dire, à tant le regarder…


Sidi-bou-6

 

Lui, il s’en moque, il a faim et se lève. C’est l’heure du repas, l’heure d’avant la sieste.
Dehors, sur la terrasse, la faïence des assiettes et l’azur des verres vous attendent à même le sol, au milieu de fleurs coupées qui se fanent au soleil.
On entend les cigales et, dans le ciel, les hirondelles font des taches mouvantes.
Vous le regardez à contre-jour allumer une cigarette. Vous le devinez beau. 


Sidi-bou--copie-1

 

Il le sait et ça lui plait.
Ça le fait même rire.
Et pour vous le prouver, il se retourne  dans la lumière et vous inonde de son sourire.
Vous, dans votre tête, vous ne savez toujours pas si tout va bien, vous n’avez jamais su… mais votre corps, lui, le ressent si fort.


Cet article autrefois appelé "Encore un peu du bleu de Sidi" avait été publié en 2007, mais le scanner que j'avais à l'époque était si mauvais que les couleurs étaient fausses. Le voici donc dans ses couleurs d'origine.

Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Vendredi 9 avril 2010 5 09 /04 /2010 07:32
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bizerte-profil
Dès que le bleu de la nuit proche faisait escale aux remparts de Bizerte, je le voyais arriver lentement. Il prenait place tout contre un arbre du jardin public et les yeux dans le vide, immobile, il fumait en solitaire. Depuis la terrasse d’un café, j’observais ce rite quotidien.
Un soir, je décidai de le prendre en photo. Je m’approchai discrètement. Il me vit tourner autour de l’arbre, mais il m’accepta en silence.
Une fois ces instants capturés, je m’avançai vers lui pour le remercier et lui proposer de lui envoyer les quelques portraits que je venais de prendre. Il me répondit que ce n’était pas la peine. Je lui demandais alors son prénom. Il tira sur sa cigarette avec lenteur, rejeta calmement la fumée, puis toujours en fixant l’horizon il murmura « L’inconnu de Bizerte… Tu mets ça, sur tes photos… l’inconnu de Bizerte  »
C’est fait. 
 
Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /2010 08:47
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Il y a quelques années, j’ai séjourné dans un petit hôtel tunisien à Guengla, tout près de ma ville natale. Le décor y était idyllique : une terrasse donnant sur la mer, des pins, des eucalyptus pour la fraicheur et l’ombre, le parfum des fleurs de jasmin et surtout un silence spectaculaire bercé du seul clapotis de l’eau qui arrivait au pied de la terrasse.

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J’ignore les raisons qui me permirent tout au long de ce séjour de me retrouver absolument seul dans un lieu de grâce si exquise. Le service était d’une absolue discrétion ; je ne rencontrai personne. Chaque jour mon lit était refait et, sur l’oreiller, je trouvais toujours des fleurs de jasmin. Mystère absolu. Ce séjour feutré m’a beaucoup marqué… Très souvent il recharge ma mémoire d’impressions suaves.
Hélas, cet hôtel a changé de propriétaire et ressemble désormais à tous les autres ; son infrastructure a été largement modifiée pour être plus rentable.
 
Hotel-Guengla
La vue incroyable et la barque qui m'inspira un de mes poèmes...

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Le matin, quand le soleil était encore à l'horizon et que je prenais mon petit déjeuner sur la terrasse.
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Bien plus tard, alors que j’étais dans l’écriture d’un roman, cet hôtel, autant que sa quiétude, s’est imposé à moi pour planter le décor d’une des scènes clefs de l’histoire. Comme un metteur en scène, après avoir fait des repérages, c’est là que j’ai voulu que mon héros parisien, Jérémy, chanteur has been, alcoolique mais flamboyant, accepte enfin l’idée d’être tombé amoureux de Tarek, un jeune rappeur, tchatcheur, charmeur, rencontré au cours de l’un de ses concerts ; un garçon qui bouscule sa vie d’hétérosexuel et piétine son passé sulfureux…
Oui, c’est dans cet hôtel de Guengla, déserté de toute clientèle, qu’après des mois de conflits et de heurts violents, Jeremy, vaincu, baissera les armes et s’abandonnera à Tarek qui n’attendait que ça…
J’aime écrire sur ce que je connais.
Ici, toutes les pièces s’emboitaient.
J’avais pour décor Paris ( ma ville préférée ), la Tunisie ( mon pays d’amour ), et le milieu musical ( j’ai longtemps pratiqué le métier de chanteur pour en connaître ses vices et ses tortures ).

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Il ne me restait plus qu’à trouver le jeune Tarek… et là aussi, je n’ai eu qu’à me tourner vers celui qui est toujours un de mes amis, Mohamed, rencontré à Salammbô, ici sur le seuil de sa maison.

Mohamed-porte-bleue-5
C’est ainsi qu’une partie de mon roman Derrière les portes bleues a pris forme, jusque dans sa couverture, puisque c’est un des tableaux que m’inspira Mohamed qui l’illustre.

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Voici un petit extrait de "Derrière les portes bleues" directement inspiré par ce panorama immuable qu'il m'était offert de contempler tous les matins depuis la terrasse de ma chambre d'hôtel.

... /...Depuis plus d’une heure, Jérémie admire la barque frêle d’un pêcheur, au loin. Elle est plantée là, au milieu de la mer, irréelle.
Un regard à gauche, elle n’existe plus.
Un regard à droite… Pareil.
Mais elle est là, immobile ! Avec le clapotis de l’eau à contre-pied de l’immense terrasse blanchie à la chaux.
Derrière, la chambre ! Sa porte bleue entrouverte. Et sur le lit, allongé en chien de fusil, Tarek ! Son sommeil émouvant.
Lui est devant, comme le capitaine d’un navire, face à l’horizon et la mer gris de payne.
Un léger vent caresse sa peau encore vibrante de l’autre.
Il n’a pas pu s’endormir après…
Trop peur du réveil… Tout est si nouveau, si insolite. Il n’explique rien de son désir. Il ne le nomme pas.
Comment a-t-il pu dépasser la simple attirance qui, en soi, n’est pas exceptionnelle ? Qui a pu instiller au fil des jours un tel changement ?
Il a vécu la nuit la plus insensée, la plus subtile, la plus vraie. À épouser le mot, le geste ! Et pourtant un vent de folie a balayé la plus élémentaire de ses convictions. Au-dessus du visage de Tarek, c’est la paix qu’il a rencontrée, et il s’en étonne. Les sourcils de Tarek, ses lèvres, son nez, chaque contour lui a paru si évident, comme à la fin d’un voyage, quand l’avion rencontre la terre et que, dans l’ancienne trace, le pied retrouve ses repères.
Il n’oubliera plus…
Aucun murmure, aucun gémissement ne l’a à ce point envoûté comme ceux de Tarek quand il s’est abandonné, ivre de vie, fragile et fort, offert à ses pulsions. Ses soupirs et ses râles ont été à l’image de ses phrases, contractées, de ses mots en verlan, si beaux, si déroutants.
Actuel d’amour !
Non, il n’a su s’endormir après.
Tarek, lui, a sombré dans un sommeil sans nom… Repu, désarticulé.
Victorieux.
Et avant cette nuit, il y avait eu dans l’après-midi la plage des grottes… Le varech têtu, enroulé autour des jambes, le sable curieux… La première fois.
Il y avait eu l’accord, sans précédent… Les mots dans l’oreille… Murmures d’hommes ! Et puis l’arrivée à l’hôtel de Guengla… Les regards complices du gardien, sa compréhension et, surtout, l’incroyable spectacle d’un hôtel vide, blanc, aux façades croulant sous les mauves bougainvilliers et dont les chambres, à l’ombre des eucalyptus géants, donnaient sur la mer turquoise. La mer qui s’épanche… La mer à l’infini.
Et cette barque !
Et il n’est que 7 heures.../...
 
Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /2010 08:34
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Les îles de Kerkennah… je les ai découvertes, il y a quelques années.
J’ai tenté naguère de vous les faire partager à travers le noir de cette fenêtre ouverte sur les vôtres. 
 
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On accoste à Kerkennah après avoir embarqué à Sfax. C'est un petit voyage folklorique au milieu d’une foule joyeuse, des chants, des bruits, des radios qui déversent autant les musiques orientales que les Anglos saxonnes. Le transition commence là, pendant cette traversée, mais à une vingtaine de kilomètres, le calme des îles se révèle être le vrai dépaysement.
 

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  On le ressent dès que l'on pose le pied à terre..

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Routes mangées par le sable, palmiers à n’en plus finir, grenadiers, figuiers… Une île, comme un trésor ! Une île qui offre, aux détours des sentiers, ses marabouts vert et blanc, ses maisons ocre et bleu et le sourire des insulaires  assis tranquillement ou de ceux qui se promènent main dans la main.
Il règne sur cette île un parfum étrange de sel, d’épices et de terre brûlée.  Par endroits, des palmes mortes entassées au sol donnent à l’air surchauffé l'odeur des foins .

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Que pourrais-je ajouter aujourd’hui pour décrire ce petit paradis ? Je ne sais pas vraiment, sinon que sa évocation exalte toujours mes sens... 
 

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... comme ces immenses marabouts contre lesquels certains s'adossent en fin d’après-midi pour prendre les derniers rayons de soleil et rêver. Moi je rêve d’une maison qui ressemblerait à un marabout.

 
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J’ai roulé lentement, vitres baissées. C’était la fin de la journée ; le soleil déjà bas offrait des contrastes magnifiques. Sur la côte, des jeunes gens prenaient du bon temps sur des embarcations fluides et silencieuses. Des hommes, pantalons retroussés jusqu'aux genoux, pêchaient, d'autres discutaient. Les enfants se couraient après. Il y avait une grande simplicité des êtres et des choses, de celles qui me confondent.

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J’ai arrêté la voiture et je me suis assis en retrait d'un ponton où des femmes en robes et plongées jusqu'aux cuisses lavaient de la laine en la frappant avec un battoir.

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Le soleil accéléra sa descente jusqu'à l'horizon. L’île passa du bleu à l'orange. Les pêcheurs battaient les vagues avec des ramures de palmier pour effrayer les mulets qui, scintillants, bondissaient hors de l'eau et retombaient sur des claies. D’autres récupéraient les poulpes pris au piège dans des gargoulettes accrochées aux récifs.
Je pense qu'un homme triste est un homme qui n'a jamais connu cet espace-temps, où ce que vous dites, ce que vous faites devient un privilège.

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Je commençais à avoir faim et je songeais à trouver un petit restaurant, mais mon regard accrocha celui d'un garçon qui assis avec des amis dans les derniers rayons de soleil, m'invita à le photographier.
 

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Protégé par mon appareil photo, je considérais avec amusement ses yeux qui ne lâchaient pas l'objectif et donnaient ainsi l’impression de me fixer ardemment.

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Puis il s’est levé, s’est dirigé vers moi à pas lents tout en me faisant signe de continuer mon travail. J'ai répondu à sa demande et à son sourire. Puis une fois près de moi, désabusé et charmeur, il me parla de tout et de rien comme si nous étions de vieux amis.

 

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Enfin, comme les mots me manquaient et que je ressentais la fatigue mon voyage, je le quittai à regret, mais au moment de partir, il me donna son numéro de téléphone.
 

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Vitres toujours baissées dans la chaleur du soir, j'ai roulé  très lentement jusqu'à l'hôtel en suivant le rivage, le bras ballant à l'extérieur de la portière comme un vrai Tunisien, à respirer cet air si particulier qui enferme les îles.
Après une bonne douche, un bon repas, je suis ressorti apprivoiser la nuit nouvelle. J’avais un numéro en poche. À quoi pouvait ressembler Kerkennah , la nuit ?

 

Par Michel Giliberti - Publié dans : Tunisie
Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 13:05
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