Il existe une cache aux murs blancs, un refuge sable et bleu où s’étirent mes paresses, mes
mots surs ou sucrés, mon refus des contraintes. Il existe une cache aux murs blancs où des niches me permettent des images aussi simples que
ce panier de dattes qu’un rayon de soleil illumine au matin. Il existe une cache aux murs blancs, quand ailleurs, le cœur est relégué, le corps si
fatigué, la mémoire alpaguée.
L'autresoir, devant l’horizon enflammé d’un soleil volage prêt à allumer d’autres terres, je pensais à ta peau qui, à si bien envelopper
la mienne, prend des allures de suaire. J’ai trop parlé des paradis secrets qu’elle m’ouvre, trop de sa prison nommée. Et voilà que mon imagination m’emportait une fois de plus vers elle, vers
cette terre sauvage. J’ai beau m’en éloigner, mettre des frontières supposées définitives, ta peau, telle l’aiguille têtue d’une boussole, témoigne sans cesse de mon abrutissement pour toi.
Alors, je balbutie, alors je trébuche, et comme l’enfant farde ses genoux des marques bleues de ses chutes, je farde mon cœur de celles de ton amour de tant d’années.
Être en exil ou bien être en exit, tout se construit autour des
départs, des retours, des recommencements. Mille fois franchies, les portes de nos violences ou de nos inerties restent solides. Impossible de les abattre. Elles se ferment sur nos névroses,
s’ouvrent sur nos équilibres, puis se referment sur l'étouffement jusqu'au prochain oxygène de fortune. Je t’ai percé ma douleur, je t’ai bercé ma douceur, mais ouvertes ou fermées, mes plaies sont belles, parce qu'elles
sont nées de la durée de l’amour et la seule beauté d’une histoire d’amour, n’est-elle pas sa durée ?
Àrecevoir et ressentir de toute part les erreurs grossières, les mensonges et les doutes, il me faut bien avouer que la fragilité de la vie, autant que ses
déceptions, reste le moteur de toute chose terrestre. Ma recherche d'une supposée perfection rend la course absurde, truquée, et nécessite des drogues trop subtiles pour bien peu de
résultats. Aujourd’hui, je sais enfin que rien n’est parfait. Cela peut sembler évident, mais voilà, l’enfant que je suis, l'enfant damné sous le cuir tanné des années avait encore tant à croire,
tant à vivre de ses illusions. Désormais,il lui faudra composer avec un monde souvent terne et mensonger, même s'il peut briller aux yeux des autres et participer d'un négoce ordinaire ou
solitaire. Désormais, il lui faudra se réfugier ailleurs que dans ce sud "sucré sacré" de
l'enfance. Désormais,il lui faudra admettre que sa petite musique intérieure est
griffée de fausses notes qui en appauvrissent ses accords et font des couacs au coeur de ses nuits.
Après toutes ces péripéties sur mon enfance tunisienne dans l'article précédent
et histoire de me détendre, je me suis dit, ce matin, qu'une projection dans le futur s'imposait... Un futur orienté, certes, mais on ne se refait pas... « Allez, le
bleu! »
Je marchais dans Dougga au
centre des ruines romaines… C’était à l’automne de l’année dernière. Je m’étais un peu éloigné, recherchant une solitude qui m’est souvent nécessaire, quand, au milieu de nulle part, ces quelques
fleurs me sont apparues.
La photographie des choses et des lieux ne me passionne pas, mais je ne sais pourquoi, ce bouquet isolé, un peu comme je l’étais alors, me donna l’envie de capter sa fragile image.
Depuis plus d’un an, ces fleurs mauve pâle étaient rangées aux oubliettes comme dans un herbier, et voilà que je les redécouvre.
Aussitôt, je ressens l’émotion, la douceur de ce jour, le silence alentour et les parfums fanés de la campagne après la pluie, alors, je laisse l’herbier ouvert, encore un peu.
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