Nous avançons, béquilles de sang aux bras. Nous avançons plus ou moins bien. Nous avançons, c’est déjà ça. À l’autre bout de nos espérances, l’horizon n’est pas ce ciel limpide tant décrit. La vieillesse apaisée, la vieillesse orgueilleuse, n’est pas au
rendez-vous. Alors nos corps balbutient. Alors nos gestes hésitent. L’oreille se tend, l’œil déchiffre, mais c’est déjà la fin. J’allume des veilleuses, je veille mes chagrins, mais tout, dans la nuit noire, reste inerte et le destin, comme un phare immuable, pulse au sommet
de cette lointaine côte qu’il me faudra franchir pour rencontrer l’oubli. MG
Une simple pause, un regard de buis et puis, l’heure douce
s’enfuit bien trop vite, nous prive de la nonchalance, du partage et du geste repus. Par erreur, par mensonge, le temps définit ses élasticités en fonction de nos enchantements, de nos sottes
angoisses. Mais qu’importe si l’heure ne dure qu’un instant ! L’image s’est imprimée à vie.
Les chevaux du passé sont venus jusqu’à moi, écumants et brillants dans le
petit matin. Ils ont dit à mon père d’aller voir dans la grange si l’amour est bien là, tout au chaud de la paille. Et mon père a dit « oui », puis au plus énervé, il a posé une main
sur son flanc, comme on touche une femme qui attend : « Tout va bien, calme toi, c’est l’ardente du matin, l’étoile de Bohème ! Tu ne peux avoir
peur. »
Moi, j’ai vu dans ma main l’oiseau tiède se mourir et j’ai vite jeté le petit sac de
plumes.
Vous disiez ce soir-là, à deux pas
des glycines, que l’orage prochain oppressait tous vos sens.Il est vrai que, si blêmes sous le soleil éteint, vos pommettes saillaient et
déchiraient mon cœur. Je respirai peu et mon souffle, au détour des parfums de vos mots, me semblait presque vain, sinon lâche. J’aurais voulu connaître un parcours moins brillant et renaitre de l’austère vérité qui s’émanait de vous. Vous aimer sous la pluie menaçante m’aurait bien convenu, mais vos rêves déçus n’entendaient presque rien.
Les amours nomades transportent avec elles toute la violence et la vertu nourries des plus
grands désordres.
De ces grands et beaux combats, de leurs creux et de leurs bosses percées des rouges verticalités du quotidien, naissent nos
nourritures terrestres ; tout souffle confondu et sang mêlé.
Traces de sang ou peut-être d’amour
L’œil retient ce qu’il croit avoir vu
Mes mots nomment les blessures mais condamnent le chagrin
Tout décrire pour cacher davantage
C’est peut-être le sens d’une vie
C’est sans doute le sens de la mienne.
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