Mercredi 11 avril 2007
Comme toutes les bonnes églises de la région, le centre Leclerc (source intarissable de mes observations) était ouvert dimanche et il y avait même des mendiants sur son parvis.
De mon côté, en bon fidèle de cette paroisse de la consommation, j’avais en ce saint dimanche, un besoin urgent d’achats, sachant que le lundi de Pâques, tout serait fermé !
Il y avait un monde fou et au milieu de la foule, j’aperçus, au milieu des autres, des chariots d’un nouveau type, quasi verticaux et sur deux gros pieds à roulettes, un peu comme un miracle… une multiplication soudaine de réceptacles à denrées.
Ce phénomène inexpliqué s’était déjà produit, il y a quelques années, quand des chariots éducateurs pour enfants étaient apparus un dimanche et que des parents inconscients les avaient aussitôt fourgués à leurs rejetons afin de perpétrer la divine consommation !
Mais je m’égare… J’en reviens à mon sujet de prédilection : mes caissières !
Ce dimanche, ma préférée d’entre toutes, discutait avec une cliente le temps de « passer » les articles. Je n’avais pas entendu le début de leur conversation et je rapporte ici la fin qui me fera toujours regretter de ne pas avoir tout entendu.
   
« C’est comme les casseroles, au début ça tient… et puis après, le manche, y s’défait, et quand ça s’défait, y’a tout qui tombe. »
La cliente hocha la tête en signe d’adhésion absolue avec cette tragique constatation.
    « C’est pour ça qui faut en changer, répondit-elle bravement, une batterie neuve de temps en temps… ça vaut mieux, plutôt qu’d’attendre qu’ça lâche... »
Et ma caissière, tout en rangeant
le chèque de la cliente, bien à plat dans un coin du tiroir-caisse, conclut avec gravité :
    « Ben oui, une batterie neuve, c’est sûr, ça vaut mieux ! Parce qu’avec toutes ces casseroles et tous ces manches qui nous partent des mains, c’est pas drôle ! C’est comme nous, à la fin, on est toutes usées, toutes vieilles,
tout en vrac, faudrait tout nous r’faire du cul au manche ! »
Phrase obscure, compréhensible dans le fond, et pleine d’audace, qui eut l’air de satisfaire les deux femmes. Tout était dit. Il ne restait plus qu’à conclure. Elles le firent d’un haussement de sourcils compatissant et d’un soupir qui en soufflait long sur l’injustice de ce monde.

par Michel giliberti publié dans : Humour et société
Lundi 2 avril 2007


Une pensée émue pour Marie Simon Pierre, plus connue sous le nom de sœur de la vibration interrompue qui, privée d’attouchements et de va et viens intempestifs sur la haute autorité de Jean-Paul II, a définitivement perdu l’usage de ses tremblements salutaires aux plaisirs du Saint Homme…

Deo gratias !!!

par Michel Giliberti publié dans : Humour et société
Vendredi 23 mars 2007
Comme les amants malheureux qui mendient celles ou ceux qui les ont quittés, comme l’assassin revient sur les lieux du crime, je suis retourné chez Leclerc…
Je cherchais à acheter de la charcuterie, sans porc, car j’avais des amis musulmans qui venaient grignoter à la maison.
Je sais, j’aurais dû me rendre dans une vraie charcuterie, mais dans mon bled tout le monde se connaît et on ne peut éviter les palabres inutiles avec les commerçants. J’envisageai donc de prendre un morceau de pâté de lièvre, mais voulant être certain qu’il n’y avait pas de viande de porc dedans, je décidai de me renseigner auprès de la vendeuse et là, stupéfaction, celle-ci, que je n’avais encore jamais vue au rayon, était très rose, dodue à souhait et avec une courte chevelure crépue qu’un inconscient coiffeur, pour ne pas dire incompétent, avait massacrée d’un blond vénitien plus proche du potiron normand.
Elle était là, à ma disposition, toute gantée de caoutchouc transparent, la lèvre pulpeuse et brillante de gloss et de salive. D’émotion, j’avalai la mienne précipitamment, m’apprêtant à lui demander si je pouvais être certain que le pâté de lièvre ne contienne pas de porc, quand une de ses collègues arriva, qui la gratifia d’un « salut ma belle » tonitruant, tout en enfilant elle aussi des gants en latex.
Aussitôt je mis un frein à ma curiosité culinaire, sentant d’avance qu’il y avait mieux à faire. Et j’avais raison…
La première des préposées à la vente se tourna vers la deuxième, fraîchement arrivée, et lui offrit un buste généreux et palpitant qu’un tablier trop étroit faisait saillir davantage.
– J’ai mal dormi, a entamé la seconde.
– Pourquoi ?
– Hier, j’ai pris un truc qui m’a pas été… j’étais toute ballonnée.
La naturellement ballonnée compatit, puis confia :
– Moi, c’est mon régime dissocié qui m’va pas.
– Pourquoi ?
– Hier, c’était la journée œuf… Au bout du douzième, j’ai calé.
– Douze oeufs ? Mais pourquoi ?
– Ben c’est ça, le régime dissocié… tu manges toute la journée la même chose ; autant qu’ t’en veux… Chaque jour une chose différente, mais la même chose, tu comprends ? T'associe rien !
– Depuis quand tu fais ça ?
– Depuis dix-sept jours.
– Et ça marche ?
– Ben oui.
– T’as maigri ?
– Ben oui.
– De combien ?
– Deux cent cinquante grammes.
La réponse tomba comme une vulgaire chipolata.
La seconde resta sans voix, à considérer avec inquiétude sa collègue, puis se raclant la gorge, elle se tourna vers moi avec une expression découragée.
– Monsieur ? Vous désirez ?
– Du pâté de lièvre, s’il vous plait, mais à condition qu’il n’y ait pas de porc dedans.
La seconde réfléchit, posa un regard sur sa copine si ronde, si rose, si… blonde et s’adressant de nouveau à moi, elle me dit presque dans un soupir.
– Ben non, ici, y’a qu'du porc… partout.
J’ai fait tout ce que j’ai pu pour rester serein et je suis aussitôt parti chez ma bouchère charcutière, la vraie, celle qui a un mari « qu’on saigne toutes les semaines » (lire « Les saignements du boucher » de janvier) qui, elle, me servit un bon pâté sans porc mais qui dans la foulée m’a lancé :
« On sait plus comment s’mettre avec le refroidissement d’la terre qui s’réchauffe… c’est un vrai binz. L’matin, y fait humide, on s’couvre, l’après-midi, y fait chaud, on s’découvre... et paf ! on attrape la crève !
J’étais comblé…

par Michel Giliberti publié dans : Humour et société
Lundi 5 mars 2007
Hier matin, la mort dans l'âme, je suis allé faire quelques courses au centre Leclerc, la grande surface la plus proche de chez moi, la seule ouverte un dimanche matin.
À mon habitude, j’ai rempli le plus rapidement possible mon caddy pour me sauver aussitôt, mais juste avant de terminer mes achats, j’ai vu au rayon vaisselle des assiettes blanches, ovales et assez grandes. J’ai trouvé leur forme intéressante et je me suis même étonné de leur originalité pour un article tout venant. Ni une ni deux, j’en ai pris quatre sans réellement en avoir besoin et j'ai bouclé mes courses. Bien vite, je me suis présenté aux caisses pour déclarer ma marchandise surtaxée…
Après une longue attente, j’ai pu enfin déposer mes objets sur le tapis roulant.
La caissière commença à
les faire passer d’un air blasé (on la comprend) quand, stupeur!... ses yeux se posèrent sur mes assiettes blanches, hosties déformées pour la rédemption de mes péchés matérialistes. Elle arrêta tout net son travail et l'air grave, se mit à les soupeser, les considérer sous toutes leurs coutures, puis elle me dit :
« Elles doivent être bien pratiques ces assiettes, avec cette forme… ça les fait grandes. »
Distrait et surtout pressé d’en finir car j’avais une foule de choses à faire dans la journée, j’acquiesçai d'un borborygme, mais à ce moment intense de l'échange, elle me regarda, le front soucieux, voir buté, et poursuivit.
« Oui... ça s’rait drôlement pratique chez moi, avec mon mari qui déborde !
Là, j’ai quand même soulevé un sourcil en signe de non-compréhension ; dans ma tête, se dessinait brusquement un homme un peu épais et extensible, mais c’était quand même flou.
« Pardon ? » demandais-je poliment.
D’un air quelque peu excédé devant mon manque d’ouverture, ma caissière reprit son travail en lâchant :
«  Ben oui, mon mari déborde toujours quand il mange. Y’en a partout! Après j'ramasse. »
Et voilà. Ce mari qui mange sans précautions, autant dire salement, est donc un mari qui déborde.
La semaine dernière cette même caissière confiait à sa collègue qui venait la remplacer.
« Dimanche j’ai traversé la route avec Jean et je m’ai foulé l’pied à cause qu’une voiture m'a pas vue. Il a dû m’ram’ner aux urgences d’Évreux. Y’avait un monde… j’te dis pas ! Rien qu’des éclopés. Comme ici !
L’éclopé dont je fais partie paya, puis sortit du centre le clair avec enfin une petite envie de rire, même si c’était méchant de ma part dans le fond, mais ça faisait longtemps que je ne riais pas.


par Michel Giliberti publié dans : Humour et société
Vendredi 17 novembre 2006

Petits potins © Giliberti / 2006

Il y a quelques jours, je suis allé acheter des chocolats chez un pâtissier de ma région.
À la patronne, dont le chignon austère affichait tout le respect supposé qui lui était dû, j'en ai demandé deux cent cinquante grammes.
Comme il se doit, elle prit un air très important et commença la pesée.
Au bout de quelques instants, elle me dit : « Il y en a deux cent quatre-vingt-cinq grammes? j'arrondis à trois cents, peut-être ? »
Le « peut-être » avait beau être là, il n'en restait pas moins qu'elle attendait un « oui ».
Sa tête hautaine me donna très vite envie de refuser, mais connaissant la bravoure de cette « chère » pâtissière catholique et accablée par les « frais  d'entretien » de ses trois immeubles locatifs, j'acquiesçais, juste pour ne pas paraître radin.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006

Et voilà le chignon ostentatoire qui repartit de plus belle dans sa pesée.
Mais à nouveau, la balance facétieuse indiqua un surplus. D'une main molle et sans charme, mais croulant sous l'or et les pierreries de trois bagues vulgaires qui congestionnaient ses doigts, elle ajusta son chemisier et d'un air faussement gêné elle me dit, espiègle : «  325 grammes ! J'arrondis à 350, peut-être ? »
À ce moment, j'ai senti que cette affaire allait prendre un de ces chemins pervers que j'adore.
J'offris donc à la pâtissière mon plus beau sourire (celui qui me rend niais comme sur la photo de ma communion) et je lui répondis : « Bien sûr, je vous en prie ».
Persuadée qu'elle tenait là le parfait pigeon, elle repartit dans sa pesée royale et comme je le pressentais, elle m'annonça avec un air tout à fait enjoué cette fois-ci, qu'il y avait désormais 380 grammes et que peut-être elle pourrait aller jusqu'à 400 grammes. « Ils sont si bons ! » Conclut-elle dans un sourire pontifical.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006

Le mien de sourire se fit un peu plus niais encore et j'acquiesçai d'un timide signe du menton en ajoutant toutefois que je ne voulais pas aller plus loin.
Elle eut un petit rictus affecté, fit trembler ses bajoues tendues de cholestérol, mais elle comprenait. Mieux ! Elle compatissait.
Et voilà, j'avais 400 grammes au lieu des 250 prévus.
Je prends un malin plaisir à aller ainsi au fond des choses et constater jusqu'où s'étend parfois la médiocrité commerçante.
« Vous me ferez un très joli paquet-cadeau », ajoutai-je.
Un peu contrariée par ma demande, elle s'y plia quand même et partit dans la confection d'un emballage sophistiqué.
Bien appliquée et pointant le bout de sa langue comme le font les pékinois trop typés, elle coupa, plia, scotcha, enrubanna, boucla, colla l'étiquette du magasin et enfin me plaça l'objet de toutes les tentations devant mes yeux en m'annonçant, mielleuse : « voilà Monsieur, ça fera 45 euros... Et avec ceci ? »
Alors, avec un sourire aussi diabolique que le sien était pieux, je lui susurrai :  « Avec ceci... Vous offrirez ce paquet à qui vous voulez. Pour moi, il est un peu lourd à mon goût. »
Parfaitement satisfait, je suis sorti de la pâtisserie.
Dans mon dos, j'imaginais le chignon dépité de la peseuse de chocolats.


Petits potins (détail) © Giliberti / 2006


par Michel Giliberti publié dans : Humour et société
Mercredi 25 octobre 2006
On n’est pas prêts d’oublier cette sordide histoire de bébés français retrouvés congelés en Corée (question de coût ?) qui a agité l’actualité ces derniers temps au point de monopoliser la première partie des infos toutes chaînes confondues.
Dans cette sale et froide affaire de congélateur bien garni, je reste sur ma faim quant à la non-responsabilité de Monsieur Picard… Qu’il ne se soit pas aperçu à trois reprises que sa femme était enceinte, si givré soit-il, je l’accepte volontiers ; tant d’hommes sont si indifférents à leurs épouses et, comme pas mal de machos, Monsieur Picard, après tout, pouvait ne jamais remarquer si sa moitié changeait de coiffure ou de toilette et à fortiori, si elle grossissait… mais de là à ne pas s’interroger sur les deux paquets de viande jamais utilisés qui reposaient dans le congélo… il y a une marge. Était-il si indifférent à tout ? Indifférent au point de ne pas ouvrir le frigo ? Dans ce cas, on peut penser que Madame Picard est une victime et que lassée par la froideur de son mari, elle a voulu briser la glace et « attiser » son attention. Tous les moyens ont dû y passer, mais hélas, Picard devait rester enfermé dans son igloo mental… Alors, la malheureuse s’est ingéniée à le séduire avec quelque chose qui lui ressemblait et pour vouloir trop en faire, elle est tombée dans ce triste fait d’hiver qui donne froid dans le dos.
Ce dont on est certain, c’est que ces deux malheureux petits grêlons n’auront jamais connu les joies simples de la vie, dans la douce chaleur d’un foyer… rien, ni l’amour, ni le sport… Juste un « hoquet » sur glace, avant…
 
par Michel Giliberti publié dans : Humour et société

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