Le blog de Michel Giliberti
Ce tableau avec Franck et Xavier comme modèles, me fut suggéré lors d’une
conversation « sereine » avec une
bourgeoise aux idées larges et qui « comprenait tout à fait les gays ».La discussion avançait tranquillement quand, au bout de quelques instants, elle me dit : « Les homosexuels, c’est formidable ! Je les comprends tout à fait, ce sont des êtres exquis, si drôôôles... c’est géniaaal! ils ont du goût, leurs appartements sont toujours ravissants et ils sont si propres... »
Je lui répondis que c’était une vision bien réductrice des gays et je lui rappelais que nous nous battions aussi pour avoir les mêmes droits que tous.
Elle me rétorqua. « Se battre ? mais pour quels droits ? c’est idiot ! C’est comme si tous les diabétiques manifestaient… Ils ne peuvent quand même pas vivre comme les autres, on le sait ! Ils sont en prison. »
Pressentant le pire, je lui demandai ce qu’elle entendait par « en prison ». Elle me rétorqua entre deux petits-fours (nous étions à un vernissage) : « Notre société réclame une certaine virilité, une certaine audace, non ? Les homosexuels sont bien trop emprisonnés dans leur impossibilité de s’intégrer à elle... le vrai problème, c’est qu’ils sont en prison, je vous assure. »
Eh oui, je vous passe le reste, car j’étais à deux doigts de lui faire avaler tout l’or de ses breloques qui dégoulinaient sur elle, lui faisant comprendre qu’une minorité peut aussi espérer que la majorité les accepte comme ils sont, mais c’était difficile à lui faire admettre qu’elle n’était pas si compréhensive que ça… et que le milieu gay l’intéressait un peu comme les gens vous disent que les favelas sont « Formidaaables !!! » et que c’est « Incroyaaable !!! » ce que les pauvres peuvent faire avec un rien… sans tenter de se mettre à leur place.
Bref, en étant de charmants jeunes gens, dociles, propres et fantaisistes, nous étions, pour cette dame, suffisamment récompensés par le regard honnête de la société.
Nous étions un peu, grâce au quartier du Marais, des animaux exotiques qu’il fallait parquer dans un Thoiry conservateur ; une certaine idée de la « prison » pour homosexuel(le)s, tolérée par ceux qui les rejettent. Quelle misère!
Heureusement que ce discours n’est pas majoritaire ( quoi que... ! )
Voilà pourquoi, sur ce tableau, si la position des personnages peut faire croire à l’unité, au rapprochement et à la tranquillité, les regards, eux, semblent inquiets et refléter ( pour Xavier, tête sur les genoux ), une inquiétude et pour Franck, un fatalisme devant un horizon incertain.
Il faudra que je parle un jour de Xavier… plus tard, quand j’y parviendrai.
je vous souhaite une bonne réinstallation en France.
@ bientôt,
Michel
@ bientôt,
Michel
Michel
les discours de cette dame "bourgeoise" lors d'un vernissage c'est tout à fait cliché. Vivre dans une prison tout dépend: oui si je ne fréquenterais que le "milieu homosexuel", non parce que je ne me colle déjà pas cette étiquette dessus en devant le dire partout, je le vis simplement et ça se voit. Amicalement
Michel
C'est la société qui vit en prison... la seule question est de savoir pourquoi l'homosexualité fait peur. En quoi elle serait un danger ? au nom de quoi on refuse toujours mariage et adoption ? alors que tellement d'enfants vivent dans un désert affectif qui va bousiller leur vie. ça fait partie des choses que je ne comprends pas .
Le sentiment d'inquiétude est fort dans ce tableau. J'aime bien le lien discret dans la main , au dessus de ta signature. Bonne journée
Nous sommes encore pour beaucoup tolérés tant que nous ne sommes pas à découvert, tant que nous n'affolons pas, tant que notre image est lisse. Et puis il y a un côté plus pervers (au point de vue politique), c'est le fait que nous somme souvent travailleurs, célibataires... donc productifs et dépensiers. l'idéal dans une sociéte de consomation. Je ne crois pas qu'on nous accepterait autant si nous étions de doux rêveurs...
Merci Maryse pour ce long commentaire.
@ bientôt,
Michel
Belle journée Michel.
@ bientôt et toi aussi, belle journée
Michel
Bon, consolons-nous en disant que ces "attitudes intermédiaires" sont tout de même préférables aux exclusions et autres anathèmes d'intolérance.
Pour en revenir à plus essentiel, votre toile, j'ai immédiatement pensé, Michel, à une violente et bouleversante image du film "La Vierge des tueurs" lorsque l'adolescent meurt dans les bras du héros. Une Piéta de la fatalité encore plus belle que celle de Michel-Ange parce que de chair, de larmes et de sang.
Merci Henri-Pierre de me rappeler cette histoire d'amour improbable entre un écrivain désabusé qui revient chez lui après des années d'abscence et ce jeune voyou dont on ne peut que comprendre la tragédie au quotidien.
@ bientôt,
Michel
Terrible, le regard de Xavier, sur ce tableau.
Pour le reste, j'avais eu une réflexion qui rejoint un peu cela quand j'ai répondu à un article d'un ami sur la pièce "les homos préfèrent les blondes".
J'avais écrit en commentaire: "Ce n'est pas avec ce genre de truc qu'on va réintégrer la communauté nationale, dont certains cherchent, à toute fin, de nous tenir éloignés à travers les clichés les plus tenaces, faisant des homos des individus à part, chargés de distraire la soirée de Madaaaaame, parce que c'est du dernier chic d'avoir un de ces excentriques dans toute soirée mondaine qui se respecte afin d'amuser la galerie.
"Allez, allez, approchez Messieurs, Dames, qui n'a pas son PD alibi pour la soirée, pour tenter de faire croire à toute la bonne société qu'il a l'esprit "ouvert"?".
C'est absolument vrai. Beaucoup de gens sont très heureux d'avoir dans leur entourage direct un ou deux pédés... c'est très tendance et dans les soirées, rien n'étonne mieux. :o)
heureusement quand même que ce n'est pas la majorité, quand à la pièce, ben oui... les gesn aiment les clichés.
@ bientôt,
Michel
Cher Michel,
vous dites que "tolérer" remplace encore trop souvent "accepter". Il ne s'agit même pas de cela. On "accepte" lorsqu'on s'est posé des questions, après réflexion. Cela implique que l'on a pu, à un moment donné, être étonné, choqué, bouleversé, que sais-je?, et qu'après avoir réfléchi, on s'est dit que, finalement, oui, peut-être...
Alors qu'on ne devrait même pas se poser la moindre question!!
Serais-je utopiste? moi? hum... vous me connaissez... lol
Ikkar, with love
@ bientôt cher Ikkar et restez utopiste bien sûr.
Michel
Bref, le principal était que ça ne "saute pas aux yeux".
En prison, oui... il y a des gens qui acceptent, tant que ça ne se voit pas...
@ bientôt,
Michel
De retour de Tunisie, me revoilà dans un autre pays merveilleux de beauté et de talent : votre blog.
Inutile de vous dire que j'ai eu, entre autres, une pensée pour vous devant la maison de la culture de Bizerte... hélas pas de visite à Sidi Bou Saïd cette année.
Pour en revenir à votre "PRISON", le simple fait pour cette femme de tenir de tels propos démontre que le regard qu'elle porte sur les homosexuels lui renvoie une image d'elle qui la rassure car, en fait, c'est elle qui est en prison. Mais ça fait tellement "fuuun" de dire aimer les gays. "C'est géniiiiaaal, non ?"
Il faut de tout pour faire un monde... Des gays comme des connes !
A+
Bob